CHAPITRE DOUZE

YA! YA!

Pérou

Le Pérou est l'un des six berceaux de la civilisation, et de nombreux peuples autochtones ont prospéré en ce lieu unique en géographie, en paysage et en climats


Plus de douze heures après avoir quitté Cuenca, j'arrive au Pérou, dans la ville transit de Chiclayo. Les rues sont poussiéreuses, les bâtiments annoncent une transition claire avec l'Equateur plus colonial. Dans l'ensemble, Chiclayo me rappelle certaines parties de l'Inde, sans les vaches et les chèvres qui peuplent les rues.

La conduite me ramène aussi à certaines régions d'Asie, où les piétons sont au plus bas de la hiérarchie des transports. Essayant de ne pas me faire écraser, je parcoure les rues de Chiclayo pendant les deux jours qui me séparent de mon voyage pour Lima. Déjà, je sais que mon expérience du Pérou sera de courte durée. Je dois me dépêcher un peu et essayer de tirer le meilleur parti de mon passage ici. En moi un mélange d'excitation et d'impatience. Excitation pour les choses que je vais avoir la chance de voir, ainsi que pour le planning aventureux que je vais devoir suivre. Impatience parce que je n'ai pas beaucoup de temps ici. Je ne peux pas m'empêcher de penser: "Ya! Ya!" -Un agité, impatient "Déjà! Déjà!" que nous exprimons par un "Allez! Allez!"

Un autre bus de nuit plus tard, j'arrive à Lima où je vais rendre visite à une autre bonne amie. Elle a épousé un Peruano et ils vivent ici, avec leurs deux adorables petites filles. À mon arrivée, nous partons pour le déjeuner, et ils me font découvrir la cuisine Péruvienne, tout en me renseignant sur le pays et sa culture. Après le déjeuner, nous nous promenons dans le quartier quelque peu bohème de Barranco, où ils vivent, et nous savourons des glaces artisanales. Le jour passe vite, il éveille en moi un désir de vie de famille.

Arrivent les jours de la semaine, tout le monde est de retour au travail, à l'école ou dans les bras de la nounou. Je décide d'explorer le peu de Lima que j'aurai la chance de voir en si peu de temps. Tout d'abord, je visite Miraflores et certains de ses nombreux magasins d'artisanat touristiques. Plus tard, je visite le centre colonial de la ville, qui semble assez petit en comparaison à ceux de Quito ou Cuenca. C'est néanmoins beau, et notamment le Palais du Gouvernement!

Enfin, sur les conseils de mon amie, je visite le Musée Larco. L'endroit rassemble grand nombre de vestiges de la culture Inca, j'apprends beaucoup sur les célèbrent autochtones. Le Pérou est l'un des six berceaux de la civilisation, et de nombreux peuples autochtones ont prospéré en ce lieu unique en géographie, en paysage et en climats. Plus tard, les Incas ont uni l'ensemble de la côte occidentale du continent sous un immense empire, bien qu'il se soit effondré à peine plus d'un siècle plus tard, à cause de guerres civiles, de la conquête Espagnole et des maladies qui ont accompagnés les Européens.
Au Museo Larco, je peux apprécier de nombreux objets impressionants: poteries, tissus, bijoux, armes ... Beaucoup de pièces représentent les croyances polythéistes des anciennes tribus du Pérou, et notamment leur croyance en un monde à trois niveaux: le ciel pour les dieux, la terre pour les vivants et le monde souterrain pour les morts. Un monde à trois dimensions, représentées par le condor, le jaguar et le serpent.
Le musée expose également les seuls enregistrements des Incas, organisés en nœuds le long de cordes colorées. Et pas encore déchiffrés! Quelque chose de déchiffré serait, tout comme je l'ai appris en Équateur, les symboles cachés que les Incas ont ajoutés aux représentations Chrétiennes afin que leurs croyances survivent.

En quelques jours, le Pérou s'est avéré passionnant. Je dois dire au revoir maintenant, à mon amie et à sa belle famille, mais je pars avec enthousiasme car je sais que je vais beaucoup apprendre sur ce pays!

Nos vingt-deux heures de trajet en bus se transforme presque en vingt-quatre heures de voyage lorsque nous nous trouvons bloqués sur la route. Nous apprenons bientôt que la route est bloquée par une manifestation. Ayant deja expérimentées les manifestations en Amérique Latine, je sais que mieux vaut ne pas attendre que la route réouvre. J'attrape mes bagages, je traverse la ligne de bloquage et prends un taxi pour les cinqs minutes qui me manquent pour atteindre Cusco. Je m'enregistre pour un voyage au Machu Picchu les deux prochains jours.

Dans la matinée, je quitte l'hôtel pour une journée qui promettra d'être mémorable. Une heure et demi après l'heure de rendez-vous, l'agence est prête à partir. Autour de nous, les agents d'autres entreprises appellent désespérément leurs clients et je comprends vite que l'organisation sera médiocre. Nous partons pour un voyage en bus de six heures auquel nous ajoutons près de deux heures supplémentaires bloqués par une autre manifestation. Ya! Ya!
Lorsque nous arrivons à la station hydroélectrique, je ne perds pas de temps et commence la marche de deux heures le long de la voie ferrée. À mon arrivée à Aguas Calientes, je suis accueilli par un autre chaos d'agents appelant leurs clients.

Le lendemain matin, je m'aventure sur le chemin menant au Machu Picchu, au son des innombrables bus qui promettent une foule à l'entrée. Des manifestations ayant empêchés les voyageurs d'atteindre le site les jours précédents, on m'a dit que je devais m'attendre à ce que la foule dépasse les habituels cinq mille visiteurs quotidiens. Une autre chose qu'on m'a dit c'est qu'il y a des manifestations tous les mois autour de Cusco.

Quand j'arrive enfin au site, j'oublie tout de suite les désagrément auxquels j'ai fait face. Le Machu Picchu mérite son titre de Merveille du Monde, il vous laisse sans voie au premier regard. Construit dans un lieu improbable, une montagne abrupte et sensible au tremblements de terre appelée Machu Picchu (ou "Vieille Montagne'), la ville dont le nom reste inconnu est un véritable témoignage des maîtrises qui ont accordé un empire aux Incas. Au-delà de leurs célèbres compétences en construction de routes, les Incas ont démontrées de grandes connaissances en gestion de l'eau. Au Machu Picchu, des systèmes d'irrigation sculptés dans la pierre fournissent encore de l'eau depuis la source voisine. De plus, la construction du site en terrasses, dont la plupart sont encore envahis par la jungle dans la partie inférieure de la montagne, ne permet pas seulement à la ville de survivre au tremblements de terre. Elle draine aussi l'eau pendant la saison des fortes pluies.

Pendant quelques heures, je me joints à un groupe pour une visite de la ville. Entre zones agricoles et résidentielles, à travers places et temples, nous découvrons ce lieu qui a certainement été un centre d'éducation pour élites, stratégiquement placé, à seulement dix jours de marche de la capitale Inca: Cusco.
Nous visitons certains des monuments: un temple à trois fenêtres, une pour chaque niveau du monde; le trône célèbre; la pierre sacrée, qui prend la forme de la montagne qu'elle a en fond; le temple du condor avec ses rochers naturellement façonnés comme des ailes...
Tout au Machu Picchu semble avoir été construit autour de la nature. Par exemple, des murs embrassent les rochers qui étaient trop grands pour être enlevés. De plus, la ville est située de telle sorte que son lever de soleil perce par le sommet d'une montagne lors d'un solstice, au travers de l'ouverture du sentier Inca sur une autre montagne lors de l'autre solstice.

Il a été conclu que Machu Picchu a été abandonné avant la fin de sa construction, et probablement en raison de l'apparition de maladies. L'empereur Inca Pachacuti (prétendument) n'aura jamais sa ville, mais ceci dit, le Machu Picchu n'a également jamais été trouvé puis détruit par les conquistadores.

Ma visite de cet endroit, découvert en mille neuf-cent-onze par Hiram Bingham, se termine sur une triste anecdote. En dix-neuf-cent soixante-dix-huit, le président/dictateur Péruvien invita le roi et la reine d'Espagne à visiter le Machu Picchu. Un monument de la place principale a été retiré afin que leur hélicoptère puisse se poser...

Je prends une dernière image mentale de cet endroit merveilleux et commence à partir pour mon retour sans fin à Cusco: une heure pour descendre, deux le long des voies ferrées et six heures en bus. Ajoutez à cela le désordre d'une foule de touristes confus et d'agents qui crient leurs noms autour des bus, et la menace d'une autre manifestation... Ya! Ya!

Construit dans un lieu improbable, une montagne abrupte et sensible au tremblements de terre appelée Machu Picchu (ou "Vieille Montagne'), la ville dont le nom reste inconnu est un véritable témoignage des maîtrises qui ont accordé un empire aux Incas

Je pars pour une visite du lac Titicaca. Les gens du lac sont de deux origines, on nous dit, ils sont soit Quechuas, soit Aymaras


Mon voyage à Puno m'enseigne la hiérarchie de l'optimisme Péruvien: "Six heures pour aller à Puno» dit le réceptionniste de l'auberge à Cusco. "Le voyage prend sept heures" dit la dame qui vend le billet de bus. "Puno" dit le panneau à l'entrée de la ville, huit heures et demie plus tard. La route nous a fait traverser les beaux champs dorés du haut plateau Andin mais quand même: Ya! Ya! Ya!

Je suis à Puno pour deux nuits et un jour seulement. Ma visite est évidente! Dans la matinée, je pars pour une visite du lac Titicaca. Les gens du lac sont de deux origines, on nous dit, ils sont soit Quechuas, soit Aymaras. Notre premier arrêt est pour les îles flottantes de Los Uros, où les gens sont Aymaras. Ils vivent principalement de la culture du totora, de la recherche d'oeufs et de la pêche. Un peu du tourisme également. Le totora est une plante aquatique qu'ils utilisent pour construire des maisons et des chaises, pour nourrir un feu ou pour manger. Et parce qu'elle est riche en calcium, elle maintient leurs dents fortes. Peut-être plus important encore, le totora est ce qu'ils utilisent pour construire les îles elles-mêmes. Ils font face au froid du lac Titicaca pour découper des bloquent de terre et racines afin de construire une base flottante sur laquelle ils ajoutent couches sur couches de la plante. La construction d'une île de deux mètres d'épaisseur peut prendre jusqu'à deux ans! En cas de conflit, l'île peut être sciée en partie et flottée plus loin. En ce qui concerne la procréation, les jeunes doivent trouver partenaire sur une autre île, afin d'éviter la consanguinité.

Sur l'île, le guide fait valoir que pour lui, les tribus pré-Incas sont plus intéressantes que les Incas. Il nous en dit plus les tribus qui ont vécu autour de ce lac et entre dans les détails pour nous parler des Uros. Un peuple Indigène qui se trouve également en Bolivie et en Colombie, bien que sous des noms différents. En Colombie, ils s'appellent Arahuacos, un nom que j'ai entendu dans la Sierra Nevada de Santa Marta.
Beaucoup de théories existent sur l'origine des îles flottantes. La version que le guide annonce comme le plus souvent acceptée est que les Uros, victimes du régime cannibale de tribus Caribéennes, ont fui vers le sud. Ils ont enduré le froid des Andes et se sont installés dans les montagnes du Pérou, au bord de l'Amazone. Pour une raison inconnue, peut-être une maladie, ils ont fui plus loin et ont atteint les rivages commodes de Titi Kaka. Ils auraient vécu parmi les différents peuples du lac pour un certain temps jusqu'à ce que, probablement en raison de conflits avec les autres communautés ou de la menace des conquistadores et de leurs maladies, ils ont fui à nouveau. Sur le lac cette fois-ci. Selon cette théorie, les premiers Uros sur le lac auraient été une seule famille sur une barque.

Après Los Uros, nous sortons de la baie de Puno et entrons sur la partie la plus vaste du lac. Nous atteignons l'île de Taquiles, où vit une communauté Quechua. "C'est le seul endroit du Pérou où les hommes tissent", dit le guide, "ils portent des vêtements traditionnels avec des chapeaux dont la couleur vous indique s'ils sont célibataires ou mariés."
Le chemin vers le village, au sommet de cette île naturelle, n'est pas difficile. L'altitude, en revanche, elle capture mon souffle en un clin d'œil. Doucement, doucement.
Les vues de l'île sont à couper le souffle. De là, je me rend compte de l'immensité du lac Titi Kaka. Il semble infini! Je me retourne et me promène dans le village, en observant les locaux qui font leurs affaires. Ils sont timides quant à la présence de touristes, comme l'a expliqué notre guide. Maintenant, il nous en raconte un peu plus sur la vie quotidienne de toutes ces îles, chacune gouvernée par un maire pour une durée d'un an. Il explique que depuis récemment, les femmes ont commencé à être maires aussi. Il explique que la communauté prend soin d'elle-même. Une seule fois, le gouvernement y a introduit la police, sur l'une des îles naturelles. Après que les policiers aient causés plus de problèmes qu'ils en aient résolus, la communauté locale s'est réunie et a votée leur expulsion.

Malheureusement, mon expérience de l'île et du lac se termine sur une note frustrante. Et encore une fois, elle vient de mes pairs. Sur le chemin de Taquiles, le guide nous a prévenu que les gens de l'île ne sont pas aussi accessibles que ceux de Los Uros. Il a expliqué que nous ne devons pas prendre de photos sans demander permission, ce qui devrait être évident de toute manière. Ils se fâcheront, dit-il, surtout qu'une de leurs croyances veut que ces photographies capturent leur âme. Et pourtant, alors que je me promène sur la place principale, je vois des touristes prendre des photos volées des villageois. Je me sens honteux et me demande: à quel point se sentent-ils supérieurs pour être si irrespectueux? Et comment se sentiraient-ils si les touristes en en Occident entraient à l'église pendant la messe pour cracher sur la croix?
Pas étonnant que j'ai entendu parler d'habitants du Pérou et de la Bolivie qui jettent des pierres sur les touristes qui prennent des photos sans demander.

En partant de Puno, je ne peux qu'espérer que, contrairement à ce qui nous est arrivé deux jours auparavant, aucune voiture ne viendra percuter le bus. La conduite ici est sportive, c'est le moins qu'on puisse dire, et pourtant, ce n'est qu'une des impressions que le pays m'a donné. Les quelques-unes, du moins. J'ai l'impression d'avoir traversé le Pérou comme une fusée!

Le Pérou, en tout cas, a marqué une transition nette avec la partie nord-occidentale du continent. Avec les beaux paysages de Titi Kaka et l'histoire riche du pays d'une part... Avec les rues poussiéreuses de Chiclayo et la conduite imprudente de l'autre... Je peux dire que le pays m'a laissé aussi ébahi que sceptique.

Pour les célèbres chichas, le lomo saltado, les restaurants chifas que j'ai essayé; pour chaque fois que je me suis rendu compte que le pays était chaotique mais vivant, joyeux; j'ai senti qu'il a ouvert une porte sur un monde complètement différent. Un monde qui peut s'avérer difficile à naviguer.
Je repense à ma virée au Machu Picchu et je me dis: peut-être que j'ai connu ici la pire organisation d'entre tous les endroits où je suis allé. Que ce soit agences ou manifestants, tout le monde veut une part du gâteau. Et quel gâteau! L'un des six berceaux de la civilisation, avec une histoire incroyable, des paysages à couper le souffle et pas moins d'une Merveille du Monde.
Peut-être que j'ai raison et que les gens veulent plus qu'ils ne peuvent gérer... Peut-être qu'ils font simplement face à ce qu'on leur donne du mieux qu'ils peuvent... Ou encore, peut-être que c'est moi qui était trop nerveux, impatient, enthousiaste... Très probablement, la vérité est faite des trois.

S'il y a un niveau sur lequel le Pérou n'est pas différent des autres pays, il s'agit de la lutte que la population mène contre la politique véreuse et la cupidité. On m'a fait la mention des dictateurs passés et de procès actuels qui concernent des politiciens. Ne luttons-nous pas tous contre la politique véreuse et la cupidité?
Et pourtant, au milieu de tout ça, je ne pouvais m'empêcher de penser avec impatience: Ya! Ya! Est-ce vraiment juste? Je ne pense pas. Mais d'un point de vue positif, je me rends compte maintenant, j'ai commencé à penser en Espagnol.

Le Pérou, en tout cas, a marqué une transition nette avec la partie nord-occidentale du continent. Avec les beaux paysages de Titi Kaka et l'histoire riche du pays d'une part... Avec les rues poussiéreuses de Chiclayo et la conduite imprudente de l'autre... Je peux dire que le pays m'a laissé aussi ébahi que sceptique


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