CHAPITRE NEUF

AGUA Y FUEGO

Nicaragua

Quelques couples dansent sur ces airs Latins. Je ne peux m'empêcher de remarquer -personne ne peut s'empêcher de remarquer- une dame charismatique qui danse avec différents partenaires. Elle danse fiévreusement et jette des commentaires insolites aux spectateurs lorsque les musiciens font une pause. Tout le monde rit et je comprend bientôt qu'elle est assez animatrice


Je ne me souviens pas de m'être jamais évanoui. Autant que je cherche, je ne connais pas la sensation. Et pourtant, après avoir atterri à Managua, je ressens quelque chose que je suspecte être vraiment similaire. Après cinquante-quatre heures de voyage comprenant seulement quelques heures de sommeil éparpillées au dessus de la mer de Chine et de l'océan Pacifique, je suis en route pour Granada. Ma tête n'arrête pas de tomber, ou plutôt je continue à me rendre compte qu'elle est tombée à un moment ou un autre et que je me suis endormi. Même si j'ai du mal à rester éveillé, je parviens à avoir un aperçu de ce nouvel endroit. Les rues et les voitures sont différentes, les gens se comportent d'une manière toute nouvelle. Nous quittons la ville et traversons des plaines qui portent de nouvelles nuances de vert. Dans ce nouveau pays, sur ce nouveau continent, je trouve que même la lumière est différente.

J'ai prévu quelques jours à Granada. La ville est célèbre pour être belle, mais très touristique. Une sorte de DisneyLand des villes coloniales, m'a-on-dit. Quoi qu'il en soit, j'ai pensé que j'aurais besoin de quelques jours pour me remettre sur pieds, et le confort d'un lieu touristique peut aider. Les quelques centaines de mètres qui séparent l'arrêt de bus de l'auberge m’offrent quelques-unes des nombreuses couleurs de Granada. Les murs colorés que j’aurai sûrement la chance de mieux observer une fois que je suis sorti du flou. Je parviens rapidement à l'hôtel, où je passe quelques jours étranges de sommeil désordonné et d'alimentation forcée. Lentement, l'hibernation combat les nausées, et après quelques jours, je retrouve enfin un appétit décent. De longues siestes et du jus de pastèque, telle est mon expérience du Nicaragua jusqu’ici.

Quand je suis de nouveau sur pieds, il ne me reste qu'un jour pour visiter Granada. Mon Espagnol est assez pauvre, mais je peux passer une commande ou demander mon chemin. Je me lance à la découverte de ce que la ville a à offrir. Il y a quelques attractions, et quelqu'un m’a parlé d'une promenade au bord du lac, mais ce qui m'intéresse vraiment c'est l'architecture, l'atmosphère. Je me promène dans la ville et observe les innombrables maisons coloniales qui portent des couleurs vives. Je trouve à peu près tout, de maisons roses à un cabinet de dentistes vert émeraude.
J'aime les marchés locaux, et Granada ne fait pas exception. Les marchés locaux vous enseignent beaucoup sur les habitudes des gens du pays, et surtout sur un sujet apprécié de tous: la nourriture. Ou devrais-je dire, la gastronomie? Je me promène le long de la rue qui héberge le marché et vers la place principale où des musiciens se sont installés pour le bénéfice d'une foule dominicale. Quelques couples dansent sur ces airs Latins. Je ne peux m'empêcher de remarquer -personne ne peut s'empêcher de remarquer- une dame charismatique qui danse avec différents partenaires. Elle danse fiévreusement et jette des commentaires insolites aux spectateurs lorsque les musiciens font une pause. Tout le monde rit et je comprend bientôt qu'elle est assez animatrice. Son acte principal semble être quand elle dit à son mari d’y «allez, rentres à la maison et je reste danser. Allez!"

Je n'ai vu que peu de ce Granada a à offrir, et peut-être pour moi ce sera toujours la ville du sommeil sans fin et de la lutte alimentaire, mais j'ai la chance d'avoir vue la ville même brièvement. Granada semble être la ville du Nicaragua au rythme détendu. Une zone sans stress où les gens se rassemblent pour un bon dîner, pour une danse nocturne ou dominicale. C'est aussi un lieu touristique, et j'avouerais que mon appétit récupéré a été gâté par quelques-uns des nombreux plats de Granada.

Ometepe est une île sur le Lago de Nicaragua, le plus grand lac d'Amérique Centrale. Alors que j’embarque à bord d’un petit ferry en bois, j'aperçois déjà la silhouette de cette terre, faite de deux volcans. Chose que j’ignorais, la traversée pour Ometepe est souvent mouvementée. Les vents balayent cette partie du pays, le plus souvent d'Est en Ouest, et cela fait du voyage une lutte contre de féroces bouffées de vent. Je me suis assi sur le pont supérieur, assez naïf pour avoir apporté une assiette de riz et de poulet, bien qu’assez chanceux d’avoir choisi de m'asseoir là-haut. Je fais la rencontre d’une jeune femme de l'île, et, en partant, elle explique que sur le pont supérieur, au moins nous ne serons que partiellement trempés. Bientôt, nous forçons notre chemin contre les vents, et l'eau devient agitée, c’est le moins qu’on puisse dire. Les vagues nous percutent à intervalles rapprochés, et balancent le petit bateau en angles presque horizontaux. Je ne peux pas m'empêcher de penser que le bateau est peut-être un peu petit pour de telles vagues. Ma nouvelle amie trouve mon souci amusant et elle souligne que, contrairement au métal, un bateau en bois ne peut pas couler si jamais nous chavirons pour une raison ou une autre. Les vagues nous frappent de plus en plus, et alors qu’on profite d’une douche gratuite, je réfléchis au poids de son argument, que nous allons flotter de toute façon. Dans ma tête, deux mots clignotent de plus en plus intensément d’un rouge néon: “REQUINS BOULEDOGUES!" Je fais un puzzle de mon Espagnol brisé afin d’exprimer mon argument, mais elle ne croit pas qu'il pourrait y avoir des requins dans l'eau douce du lac, et d’où viendraient-il? La vérité, c’est qu’il y a des requins dans le lac Nicaragua, ils alimentent les fantasmes anxieux de la plupart des étrangers qui visitent l'île. Franchement, je trouve surprenant qu'elle ne le sache pas.

Concrètement, il y a peu de requins dans le Lago de Nicaragua et on me dit qu'ils se trouvent principalement dans la partie Nord-Est du lac. Les requins bouledogues sont l'une des trois espèces marines connues pour survivre dans l’eau salée comme dans l'eau douce. Ils sont connus pour avoir remontée des rivières majeures, y compris le Mississippi et le Gange, où ils font un festin des morts qui sont jetés dans la rivière (souvenez-vous de Varanasi?). Cette espèce de requin a été aperçue dans des coins très reculés de la forêt Amazonienne, et on la soupçonne également d'être l’auteure d’une série de décès au début du siècle dernier, alors qu’elle aurait nagé en amont dans le New Jersey. Cela est vraiment logique, ces requins sont l'un des trois requins les plus agressifs. Ils sont connus pour être très territoriaux et sont les requins les plus susceptibles de rencontrer des humains. Ils aiment les eaux sombres et peu profondes. Essayez de trouver une meilleure description pour les rivages d'Ometepe. Je ne tenterai pas ma chance, merci.
Les légendes parlent d’un temps où les gens de l'île ne mettaient pas un pied dans l'eau, et laissez-moi vous donner un indice: ils ne s’inquiétaient pas pour les caïmans! Cela étant dit, il est vrai que les requins sont devenus assez rares dans le lac, grâce à la Politique de Désastre Écologique du Nicaragua numéro une. Dans les années soixante-dix, le gouvernement a autorisé une société Japonaise à ouvrir une usine sur le Rio San Juan, qui transporte l'eau du lac, en Est au travers de la jungle. Il était constaté que les requins atteignaient Lago de Nicaragua à travers la rivière Rio San Juan, traversant les rapides à la manière du saumon. On peut faire une équation simple, ici: entreprise Japonaise plus ailerons de requins traversant un corps d'eau relativement étroit...
La Politique de Désastre Écologiques du Nicaragua numéro deux est actuellement en cours, et cette fois-ci elle concerne la Chine. Une société Chinoise, bien que basée à Hong Kong, a bénéficié d'un bail pour construire et exploiter un canal à travers le Nicaragua pour une durée de cinquante ans, après quoi ils peuvent revendiquer une autre cinquantaine d'années en propriété partagée avec le pays. Le canal est un projet qui a été négocié et abandonné par les États-Unis et le Royaume-Uni auparavant. Il serait le plus long, le plus grand, le plus profond au monde. Il traverserait le pays, via Lago de Nicaragua, et permettrait aux super-tankers qui sont trop gros pour traverser le canal de Panama de faire un voyage rapide d'un océan à l'autre. Des arguments ont été soulevés au sujet des implications politiques d'un canal géré par une entreprise Chinoise en Amérique Centrale mais ils ont été rejetés par le gouvernement Nicaraguayen. L'existence même d'une si grande entreprise Chinoise sans lien avec le gouvernement est évidemment plus que douteuse, et pourtant, il existe des problèmes encore plus inquiétants. Par exemple, la profondeur de Lago de Nicaragua est insuffisante d’environ deux mètres pour le canal, et il faudrait donc le creuser par endroits, au risque de charger l'eau en sédiments. Le canal nécessiterait également la création d'un immense lac artificiel dans la partie Est du pays, pour servir à niveler l'eau. En outre, la voie officielle du canal coupe parcs nationaux et zones protégées, ainsi que des terres Indigènes. En parlant d'Indigènes, il est apparu que le gouvernement aurait donné son feu vert à l'entreprise sans avoir l'accord des populations Indigènes qui possèdent ces terres. Le projet est très majoritairement impopulaire parmi la population, et les avantages que le gouvernement avance sont discutables au mieux. Pourtant, il semble que le projet avance, le début des constructions est attendu pour la première moitié de la nouvelle année, et on peut supposer que certaines poches se soient bien remplies au passage.

Je suis sûr d'une chose: je dois profiter de la vue qu’Ometepe m’offrira sur le lac avant qu’il devienne une autoroute à super-tankers. La traversée d'une heure qu’on nous a vendu s'est transformé en deux heures quand nous atteignons Ometepe. Je pose un pied étourdi sur terre, près du Volcan Concepción. Ometepe est une île en forme de ‘huit’ avec deux côtés différents. Le côté le moins peuplé de l'île comprend quelques petits villages le long de la piste accidentée qui entoure Volcan Maderas. L'autre côté est plus ‘développé’, avec quelques petites villes le long de la route pavée qui entoure Concepción. Au milieu se trouvent une étendue de forêt et la plage de Santo Domingo qui héberge la plupart des points touristiques. Sur l'île, on peut faire une randonnée difficile de quatre heures sur les flancs escarpés de Concepción, ou une randonnée difficile de trois heures parmis la végétation plus dense de Maderas. Malheureusement, je me sens encore trop fatigué du trajet vers le Nicaragua pour entreprendre l’un ou l’autre, d’autant plus que j’ai été prévenu que ces randonnées sont pour des randonneurs expérimentés. Je suis convaincu qu'il y a beaucoup à faire sur l'île de toute façon.

La jolie maison d'hôtes est située à Altagracia, sur la partie ‘Concepción’ de l'île. Elle se trouve à l'ombre d’arbres qui laissent tomber des fruits sur le toit, et le jardin est peuplé de hamacs. Lors de mon premier jour de visite, je parviens à prendre un bus pour Ojo de Agua, ou “Oeil d’Eau”, qui est un bassin d'eau naturelle où les gens se rassemblent pour se baigner. Pas les gens du pays, cependant, et je comprends bientôt pourquoi. L'endroit a été transformé en un lieu commercial. Vous payez un droit d'entrée, passez devant le restaurant et trouvez des serveurs qui vendent des boissons autour d'un bassin d'eau naturelle qui a été bétoné. Je m'asseois quand même, lis un peu et m’offre une baignade dans l'eau douce. Je profite de l'occasion pour observer la foule et réalise que le tourisme est assez différent ici. Il a une forte ambiance Américaine et, autant que j'apprécie le célèbre côté ‘surf’ du Nicaragua, je ne m’habitue jamais aux frimeurs qui se lancent des canettes de bière d’un bord à l’autre de l’Ojo de Agua pour attirer désespérément l'attention. Splash splash, et je décampe. Rafraichi par l'eau agréable de la piscine ‘naturelle’, je me dirige vers la maison d'hôtes et rejoins quelques personnes sympas que j'ai rencontré la veille. En particulier, un couple qui profite de sa retraite dans les hivers chauds d'Amérique Centrale, un homme intéressant qui s’offre une pause de son travail auprès d’une ONG, et une étudiante en médecine qui est en vacances.

Le lendemain, l’homme de l'ONG a quitté l'île, mais avec le reste de l'équipe nous décidons de nous rendre au musée Ceibo. Ce musée privé propose une grande collection d'objets Indigènes, et nous en apprenons beaucoup sur les différentes influences des cultures du Nord et du Sud. Notamment, les archéologues ont retrouvé de l'or de tribus émigrées de Colombie, ainsi que du jade du Guatemala. Ometepe est également connu pour deux autres choses: les pétroglyphes et la poterie. Les pétroglyphes sont des sculptures de pierre mystiques qui ne sont pas censés être vues de l’Homme, et se trouvent donc cachées dans la végétation dense du volcan Maderas. Concepción, d'autre part, est actif. La verdure se trouve à ses pieds seulement. De ce côté de l'île, les coulées de boue exposent les objets funéraires, et notamment la poterie, assez souvent. Le musée est petit mais bien organisé et documenté. Après un déjeuner rapide, l'étudiante en médecine et moi-même partons pour Charco Verde. Le parc offre une belle promenade à travers la végétation typique de l'île, jusqu'à une jolie plage où les singes jouent dans des arbres qui prennent racines dans le sable volcanique d'Ometepe. Nous arrivons à Charco Verde, et avant de nous aventurer sur la piste, nous visitons rapidement le sanctuaire à papillons où nous découvrons les quatre espèces de l'île.

Lors de mon dernier jour, et en dépit d’options limitées pour le transport, je décide de m'aventurer sur le côté ‘Maderas’ de l'île. Je prends un bus pour Santa Cruz, la petite ville à son point d'entrée. De là, je me marche un peu et trouve un couple qui a conduit depuis Managua à bord d’un pickup remplie de fruits et légumes. Sur le toit, Un haut-parleur annonce l'arrivée des marchands en boucle, et nous nous arrêtons devant quelques maisons. Quand la paire décide de s'arrêter pour le déjeuner, je finis à pied et j'arrive rapidement à Mérida. Je me promène dans le village un moment, et j'arrive à la plage, d'où j'observe les gens qui lavent leur linge dans le lac. Concepción est en arrière-plan. Pendant un moment, je me demande si, comme moi, ils pensent aux requins. Après un certain temps, je décide de repartir car je ne suis pas sûr de trouver de chauffeur pour le retour. En effet, les voitures parcourent rarement la piste cahoteuse de ce côté de l'île, et je me retrouve à marcher bien plus que je n'avais prévu. Je me promène pendant un bon moment, et j'en profite pour observer la nature de l'île. Le Nicaragua m'a déjà donné l’impression d'être un des pays les plus riches en faune et flore, que j’aurai visité. Je croise chevaux et taureaux domestiqués, tout en repensant aux papillons et aux singes que j'ai vu à Charco Verde. Je me promène toujours et rencontre d'innombrables espèces d'oiseaux, notamment l'emblème très frappant de l'île: un oiseau au plumage bleu pâle, qui porte couronne.

Enfin, je parviens à me faire offrir une place à l'arrière d'une camionnette, et assez vite, j'arrive à la maison d'hôtes. Il est temps de faire les valises, et je demain je pars. Après cette longue marche ceci dit, je décide de m’offrir une bière, et je m'assois à la table où une conversation a débuté. Deux jeunes femmes sont venues sur l'île pour la compétition "Agua y Fuego". Elles expliquent qu’un groupe d'amateurs de sport sont venus sur l'île pendant quelques jours et essayeront de conquérir les deux volcans en moins de trente-six heures. Agua y Fuego en effet: Maderas et le lac qui se trouve à son sommet représentent l’eau, Concepción et son activité représentent le feu!

Bientôt, nous forçons notre chemin contre les vents, et l'eau devient agitée, c’est le moins qu’on puisse dire. Les vagues nous percutent à intervalles rapprochés, et balancent le petit bateau en angles presque horizontaux. Je ne peux pas m'empêcher de penser que le bateau est peut-être un peu petit pour de telles vagues

En évitant les heures les plus chaudes de la journée, nous faisons de courts voyages au marché local ou à la cathédrale. Du toit de la cathédrale, nous apercevons la chaîne volcanique qui entoure León, et alors que nous explorons les rues de cette ville coloniale, j'évalue comment elle se compare à Granada


J'ai la chance d'avoir une amie qui a prévu de me rejoindre pour le reste de ma visite au Nicaragua. Je quitte Ometepe pour l’attendre à Managua, et de là nous partirons vers León. Le ferry me transporte plus facilement sur le Lago de Nicaragua qu'il ne m'a emmené dans l'île, et bientôt nous arrivons au rivage. Je prends l'un des bus scolaires Américains en direction de la capitale. Entre la route de l'île vers le ferry, et la route pour Managua, je passe trois bonnes heures debout dans les allées des bus. ‘Surpeuplé’ est un euphémisme quand il s'agit de ces autobus, appelés “chicken buses” ou “bus poulet”. J'ai eu l'occasion de discuter de ce nom avec un local, qui considère qu'il vient des touristes Américains faisant une allusion indélicate aux habitants qui surpeuplent les bus. J'ai proposé que, peut-être, ils faisaient référence à leur propre expérience dans le bus. En outre, certains pensent que le nom se réfère aux poulets que les habitants transportent souvent dans ces autobus. Dans tous les cas, le nom est resté.

Mon amie et moi-même arrivons à León le lendemain, et nous nous installons dans une auberge confortable. L'hôtel dispose d'une petite piscine, ce qui est pratique à l'endroit le plus chaud du Nicaragua. Nous avons convenu que notre visite serait relaxée, la chaleur ne nous laisse pas le choix de toute façon. En évitant les heures les plus chaudes de la journée, nous faisons de courts voyages au marché local ou à la cathédrale. Du toit de la cathédrale, nous apercevons la chaîne volcanique qui entoure León, et alors que nous explorons les rues de cette ville coloniale, j'évalue comment elle se compare à Granada. León est plus chaude, plus désordonnée, plus crue, mais d'une manière ça la rend plus belle et certainement plus réelle. La chaleur continue de frapper de plus en plus, et nous décidons de nous réfugier au musée Fundación Ortíz. Le musée se trouve dans un magnifique bâtiment colonial de plein pied et nous nous promenons dans les nombreuses sales, ainsi que dans les charmantes cours intérieurs, pour admirer les peintures contemporaines. Le musée a une exposition temporaire de dessins de Goya, repris et réinterprétés pas Dalí.

Pour notre deuxième et dernier jour, nous avons prévue une visite du volcan Telica, près de la ville. Le volcan est actif et connaît une phase de dégagement de gaz depuis les années quatre-vingt dix. Nous embarquons à bord d'un quatre-quatre qui nous emmène hors de la ville et sur des routes de terre bosselées. Les routes deviennent plus raides lorsque nous commençons à monter au volcan, puis nous atteignons la fin de la piste. De là, nous devons continuer à pied, pour une bonne quarantaine de minutes. Nous passons de l'herbe aux roches volcaniques qui ont été propulsées sur les pentes du volcan lors des dernières explosions. Enfin, nous atteignons le cratère fumant et nous nous asseyons sur des rochers afin d’admirer le coucher du soleil. Face à la partie nord de la Cordillère Los Maribios, et à son imposant volcan San Cristóbal, nous attendons patiemment que le soleil se retire. Le soleil disparaît enfin et nous décidons de regarder dans le cratère, dans l'espoir de voir la lave. Malheureusement, la fumée est trop épaisse ce jour-là. Cependant, une de nos compagnons de voyage nous parle du volcan Masaya, situé entre Managua et Granada. Le volcan est l'un des sept dans le monde où la lave peut être observée en continu, et nous décidons qu'il doit bien valoir une visite de nuit, à notre retour à Managua, notre dernier jour.
Plus tard, nous organiserons une visite de cet impressionnant cratère. La lave brillera d'une lueur rougeâtre dans la nuit, et à l'horizon, nous observerons les lumières de villes qui semblent dangereusement proches, bien qu'elles soient sûrement à une distance suffisante. Dans le cratère du volcan Masaya, la lave se manifestera en vagues et nous entendrons des sons qui ressemblent à ceux de l'océan qui s'écrasent contre des falaises rocheuses. Nous passerons un moment à regarder dans le volcan, et nous retournerons à Managua pour notre dernière nuit. Et par chance, nous aurons l’occasion de converser longuement avec le conducteur, qui nous en apprendra beaucoup sur l'histoire du Nicaragua, sa guerre civile, sa politique et, chose trop commune en Amérique Latine, sur l'influence plus que douteuse des États-Unis dans le pays.

Malgré tout, il nous reste une escapade avant la fin du voyage. Et quelle excursion! Nous quittons León après quelques journées de visites et de détente. Nous retournons à Managua et nous prendrons un vol matinal pour les îles du Maïs. C'est avec une certaine impatience que nous nous couchons, rêvant déjà à ce paradis Caribéen, et au matin, nous nous dirigeons vers l'aéroport. Bien entendu, l'avion est un coucou minuscule qui promet un voyage mouvementé vers l’autre côté du pays. Nous décollons et traversons la plus grande partie sans problème, jusqu'à atteindre la mer et que les choses deviennent sérieuses. L'avion fait des bonds de haut en bas, de côté en côté, et les vents me paraissent être des mains fortes qui nous secouent sans pitié. Je ne suis pas confiant dans de si petits avions et j'admets que tout semble probablement pire dans ma propre perception que dans la réalité. Dans tous les cas, un certain poids disparaît de me épaules lorsque nous touchons terre sur l'île de Big Corn. Seulement, un autre défi nous attend, j’en suis sûr: le voyage en bateau de Big Corn à Little Corn. Les vents que nous avons rencontrés dans les airs promettent une mer agitée, et nous nous dirigeons vers le quai avec une certaine angoisse. Nous nous retrouvons sur un bateau qui traverse la mer des Caraïbes à toute allure -ils utilisent des bateaux rapides ça c’est sûr- parmi d’énormes vagues qui nous secouent comme les montagnes russes d'une foire de taille moyenne. Au milieu de cette promenade cahoteuse, je me demande si je n’aurais pas atteint un point où j'en ai eu assez des vols remuants et de promenades en bateau périlleuses. Je me souviens d'un accident de bateau inoffensif mais effrayant à Mumbai; du pilote d'un vol Kuala Lumpur-Ho Chi Minh riche en turbulences qui criait “Équipage asseyez-vous! Équipage asseyez-vous!” dans les haut-parleurs de l'avion; d’un vol un peu fragile vers l'île de Phu Quoc; du ferry à grande vitesse qui traversaient des eaux agitées au retour de Koh Rong Samloem; d’un voyage quelque peu turbulent (et long) en le Myanmar et le Nicaragua; sans parler de la traversée vers Ometepe à nouveau. Dans ce cas, dois-je mentionner ce qui m'inquiète le plus? La mer des Caraïbes est riche en requins, et autant qu'ils restent à l'écart des lagons, ils sont connus pour peupler les eaux profondes entre ces deux îles. Si nous chavirons, je n'ai pas besoin d’en rencontrer un, le fait de savoir qu'il pourrait y avoir un requin suffira à m’achever. Je suppose que c'est une aventure.

Même s’il nous semble interminable, le trajet en bateau ne dure pas plus de trente minutes, et nous atteignons enfin Little Corn. L'île est un havre de nature sans voiture et nous devons marcher une demi-heure au travers de la forêt pour atteindre la pointe Nord de l'île. Ici, nous passons cinq jours lents au paradis. La plage nous offre l'ombre des cocotiers, de délicieux cocktails sont disponibles et la température est tout simplement parfaite. La première moitié de notre séjour nous permet de nager dans une eau de rêve, et même de découvrir un beau récif au tuba. Et lorsque le temps se dégrade, nous sommes encore en mesure de profiter de promenades le long de la plage et de rencontrer des producteurs locaux de savons naturels. Même si nous luttons avec l'accent Créole des habitants, nous pouvons observer le mode de vie insulaire, bien que la plupart des personnes travaillant dans le tourisme viennent de Bluefields, sur la côte continentale. Le paysage paradisiaque, le rythme de vie détendu, les sons et parfois l'absence de sons, tout cela est une évasion tentante de la vie que nous connaissons.

Certains des voyageurs que nous avons rencontrés nous ont parlé d’excursions en tuba qui leur ont permis d’observer requins nourrices, raies, homards et bien d'autres encore, mais malheureusement, nous avons pris la mauvaise décision de repousser. Le temps dans la deuxième moitié du séjour est principalement gris et un peu pluvieux. C’est peu inspirant pour un voyage en bateau vers le récif extérieur. Notre visite dans les Caraïbes devra en rester à de la détente, de la nourriture, quelques bonnes boissons et une séance de plongée à couper le souffle autour du récif intérieur.

Nous nous retrouvons sur un bateau qui traverse la mer des Caraïbes à toute allure -ils utilisent des bateaux rapides ça c’est sûr- parmi d’énormes vagues qui nous secouent comme les montagnes russes d'une foire de taille moyenne. Au milieu de cette promenade cahoteuse, je me demande si je n’aurais pas atteint un point où j'en ai eu assez des vols remuants et de promenades en bateau périlleuses


Ce petit pays d’Amérique Centrale a été ma porte d'entrée vers l’Amérique Latine, et il m'a montré une palette de couleurs nouvelle. J'ai exploré ce lieu différent du monde, où l'air est plus sec et le soleil brille d'une lumière différente. Des objets pré-Hispaniques de tribus Indigènes perdues, aux villes coloniales ou à la culture Créole de l'Est, le Nicaragua au final, il a porté un slogan clair: "Agua y Fuego!" L'eau de l'océan, de la mer et des lacs; le feu de nombreux volcans


Nous sommes retournés à Managua plus ou moins en douceur, et maintenant, le temps est venu de se séparer. Il a été bon d'être avec une amie à nouveau, et je suis content de ma visite au Nicaragua. C'était une visite courte, mais le Nicaragua n'est-il pas un petit pays?

Ce pays d’Amérique Centrale a été ma porte d'entrée vers l’Amérique Latine, et il m'a montré une palette de couleurs nouvelle. J'ai exploré ce lieu différent du monde, où l'air est plus sec et le soleil brille d'une lumière différente. Des objets pré-Hispaniques de tribus Indigènes perdues, aux villes coloniales ou à la culture Créole de l'Est, le Nicaragua au final, il a porté un slogan clair: "Agua y Fuego!" L'eau de l'océan, de la mer et des lacs; le feu de nombreux volcans.

Le Nicaragua est un pays de nature et d'aventures en plein air. Vous pouvez souffrir d’un certain manque de diversité culinaire sur le continent, et froncer les sourcils à la vue d’encore une autre assiette de gallo pinto et platanos, la même qu’au petit-déjeuner et au déjeuner. Parfois, vous trouvez la culture du pays assez limitée, pensez que vous auriez apprécié un musée de plus. Et pourtant, le lendemain, vous pouvez vous trouver sur l'un des volcans les plus impressionnants de ce côté du monde, et vous serez certainement étonné par les richesses naturelles du pays.

Le Nicaragua est la terre de trois populations: l’Hispanique, la Créole et l'Indigène. Trois peuples qui n’en font qu’un pour faire face à des problèmes des canaux et qui portent les cicatrices d'une guerre civile récente avec une discrétion déconcertante. J'ai ressenti une certaine distance au Nicaragua, et je suppose que c'est justifié. Le tourisme ici est en plein essor et, à certains endroits, les dollars entrants gonflent les prix au-delà du raisonnable, mais demandez aux Nicaraguense et ils vous diront une chose: qu’ils ne sont pas impressionnés. Le Nicaragua n'a pas besoin de mots, il a été au centre de politiques douteuse dans la région et sait qu’il ne doit compter sur personne au-delà de ses frères et sœurs. Vous êtes plus que bienvenu, et svp passez un bon moment. Sentez-vous libre d’observer le mode de vie local, mais il y a une recette secrète du bonheur que le Nicaragua ne vous donnera pas. Peut-être est-ce tout simplement difficile à saisir, ce qui fonctionne pour les gens ici, et peut-être que vous partirez avec le sentiment qu'il reste quelque chose à dire. Au final, cependant, quelle que soit cette chose sur laquelle vous n’arrivez pas à mettre le doigt, cela leur appartient, n'est-ce pas?

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