CHAPITRE DEUX

VINGT ETAGES

Inde

l’Inde me capture. La chaleur me saisit au cou et je me trouve face à une mer de gens, une avalanche de sons et couleurs


A peine passé le regard sceptique de l’agent d’immigration et entré en territoire Indien, je décide de sortir de l'aéroport International de Cochin. Mes yeux ont à peine le temps de s’adapter à la lumière intense que l’Inde me capture. La chaleur me saisit au cou et je me trouve face à une mer de gens, une avalanche de sons et couleurs. Je trouve un bus qui m'emmènera vers Fort Kochi.

Le trajet en bus tourne vite au stéréotype qui promet de marquer mon esprit au fer Indien. Le mer de gens est partout, embarquant et débarquant des bus suivant de mystérieuses règles. Des familles entières chevauchent des scooters et les assistants des bus signalent les changements de direction d’une main par la fenêtre. La voie rapide est à l’ombre du squelette de ce qui semble être un autre périphérique en construction. Elle est bordée de gens qui discutent dans des flaques. Des villas luxueuses côtoient les terrains vagues dans un chaos qui crée un mélange surprenant de ville vétuste et de nature généreuse. Ebahi par l'intensité du lieu, je suis avant tout surpris par les habitants de Cochin. Il sont confiants et ont des yeux noirs qui perçent mon esprit. Ils semblent être en accord avec la folle fourmilière dans laquelle ils vivent. Un bus pourrait être en train de leur foncer dessus à pleine vitesse, il n’ont pas l’air dérangés.

Je me rend vite compte de la règle dominante sur les routes de l’Inde: ne jamais s'arrêter! Peut importe les véhicules arrivant de pleine face, ne jamais s'arrêter. Vous pouvez vous insérer dans une rue pleine de camions qui roulent à vive allure, ne jamais s’arrêter. Il peut y avoir des piétons- à vrai dire, il y aura des piétons sur votre chemin: humains, chats, chiens, vaches et un nombre surprenant de chèvres. Ne jamais s’arrêter! Les deux-voies sont utilisées comme trois-voies pour le concours national de klaxons. Piégé au milieu de bouchons incroyables, je perds vite de vue qui klaxonne à qui et pourquoi. Je regarde les agents de circulation débordés avec compassion.

Arrivé à l'hôtel, je me rend vite compte que mes premiers jours de voyages seront difficiles. C’est d’un oeil réaliste que je regardais le voyage en solitaire, et pourtant je me trouve envahis de doutes. Parfois, je me demande si je n’ai pas le coeur trop tendre pour me trouver seul à l’autre bout du monde. A bord de l’ascenseur émotionnel habituel, il vous faut vous battre et vous rappeler des richesses que le voyage offrira. Alors, vous tenez bon jusqu'à ce que tout redevienne normal à nouveau. Je décide de partir explorer le premier cadeau que le Kerala me fait: Fort Kochi.

Après être tombé dans le plus basique des pièges à touristes et adopté le mot ‘non’ pour meilleur ami, je me balade à travers la ville, d'églises en temples. Ma confiance est boostée par les sourires curieux d’enfants qui viennent d'échapper à l'école pour la pause déjeuner. Après une courte visite au musée d’histoire, je retourne a ma mer de conversation en Malayalam et observe la vie des habitants de cette ville patchwork. La côte du Kerala semble être un refuge tropical. A Cochin, on trouve les traces de pas des Portugais, Néerlandais et Britanniques qui se sont longtemps battus pour une place à l’ombre des banians et des cocotiers. La ville est un mix de religions où l'on croise mosquées et églises aussi facilement qu’on visite de temple Hindou. J’ai très vite l’impression que la dimension spirituelle de cet endroit sera dure à analyser.

En admirant le coucher du soleil sur les filet de pêche Chinois, je ne peux m'empêcher de penser aux civilizations, au commerce et à l’histoire. A ce croisement de colonisations, j’imagine des temps anciens ou les Chinois atteignaient cette côte et semaient un peu de leur culture.

Je reviens à la réalité des temps présents le jour suivant, alors que ma ballade me montre des écarts importants de conditions sociales. Je passe aux abords de maisons luxueuses et, quelques rues plus loin, je me trouve au coeur de la pauvreté. Le poids de la hiérarchie dans le pays est quelque chose qui m’a surpris dès que j’ai atteint l'hôtel à mon arrivée et que j’ai rencontré George-Peter et Ashok. Le premier est le propriétaire de l’hotel, le second nettoie et sert le petit déjeuner dans la pièce ou il dort. J’imagine l’Inde comme un bâtiment de vingt étages. Si George-Peter vit quelque part vers le dixième étage, Ashok fait tourner la laverie au sous-sol. Certains, moins chanceux, restent dehors et font la manche. Quant à moi? Je paye pour visiter le hall d'entrée. Cela me laisse de quoi réfléchir.

Un chaud matin, je rejoins d’autres étrangers pour une visite des backwaters, une trentaine de kilomètres en dehors de Cochin. Une fois à bord, nous sommes emmenés au coeur de ces canaux naturels ou eau douce et eau salée mènent un combat au rythme des marées. Un homme grand d’un village alentour bricole avec son peu d’Anglais pour nous servir de guide alors que deux autres villageois font marcher le bateau sans moteur. Ils nous propulsent à l’aide de ce qui semble être des bâtons de bambou.

De gestes presque comiques, le guide nous explique les coutumes locales jusqu'à ce que nous nous arrêtions pour un repas typique. Sur une île inhabitée, nous nous joignons à ces locaux pour un repas qui -sans le moindre doute- a été servi lorsque le feu pris la ville de Londres.

Je suis plus lourd d’un repas et plus léger de quelques larmes lorsque nous repartons dans les canaux. Je ne peux m'empêcher d’admirer les locaux qui vivent dans cet endroit magique. Leur humbles demeures ne sont accessibles que par bateau et leur voisin le plus proche ne risque pas de les déranger pour un paquet de sucre. En ce lieu de silence, le gouvernement les soutient pour conserver les deux industries locales: la fabrication de cordes à base de fibre de coco et celle de poudre de carbone à base de coquillages.

Rapidement, les canaux étroits laissent place à une étendue d’eau où nous entamons la partie finale de notre embarquée. Après s’être aventures au travers des caresses de plantes et des sons de la nature, nous avançons désormais dans le calme le plus total. Dans cet endroit reposant, l’allure du bateau nous invite à la contemplation. Du coin de l’oeil, je surprend le guide qui somnole et je le rejoins vite. Sur ce bateau, dans ce coin magique du monde, nous avons tous baissée la garde pour quelques moments précieux.

Un homme grand d’un village alentour bricole avec son peu d’Anglais pour nous servir de guide alors que deux autres villageois font marcher le bateau sans moteur. Ils nous propulsent à l’aide de ce qui semble être des bâtons de bambou

A bord d’un bus sans fenêtres, je suis embarqué pour un trajet sportif de cinq heures vers l'intérieur des terres. Le paysage devient plus vert, l’air plus humide et nous grimpons plus haut dans les collines jusqu'à atteindre nos premières plantations de thé


Cochin est une ville large et je me perd de ferries en rues désertes. Finalement, j’arrive à la station de bus ou l’on m’avait conseillé de me rendre afin d’attraper un des nombreux bus pour Munnar. Avant d’arriver en Inde, je n’avais jamais entendu parlé de cette petite ville. Maintenant j'étais convaincu qu’elle valait l’effort de trier les nombreuses directions dans lesquelles les locaux m’envoyaient pour trouver ce bus. A bord d’un bus sans fenêtres, je suis embarqué pour un trajet sportif de cinq heures vers l'intérieur des terres. Le paysage devient plus vert, l’air plus humide et nous grimpons plus haut dans les collines jusqu'à atteindre nos premières plantations de thé. En un clin d’oeil, les champs capturent mon coeur dans leurs vagues vertes. Je suis sans voix face à cet endroit spécial et impatient de découvrir plus.

J’atteins l'hôtel sous une pluie habituelle de doutes. Je commençais à peine à me sentir à l’aise à Cochin et me voilà dans un nouvel endroit. Un homme entre dans la réception et m’informe que “quelqu’un va arriver”, je m’assois donc. Je regarde le sol et tente de mesurer l'immensité de mes doutes lorsque je suis interrompu dans mes pensées. “Comment t’appelles-tu?” - me demande un jeune homme. La conversation invite ses amis dans le cercle et très vite ils me demandent de poser pour des photographies avec eux.

Ajay, Akhil, Arjun, Amal et Harif m’invitent a boire un verre dans leur chambre. Je décide de les y rejoindre après une douche plus que méritée. Ils semblent surpris de croiser un voyageur solitaire, surtout un qui ne dilue pas son whiskey avec de l’eau. Ils sont un heureux groupe et j’apprends que ceci est sûrement leur dernière réunion d’amis. Après avoir insisté que leur ville d’origine, Trivandrum, est la capitale du Kerala, ils m’expliquent s'être rencontrés à l'université et que désormais leurs jobs et stages les avaient séparés entre différentes villes. Ils pensent être mariés d’ici un à cinq ans. Adieu les réunions entre potes.

Plus en confiance, je décide de partir explorer l'univers des plantations de thé de bon matin. La beauté de ces collines me surprend vraiment. Mes yeux sont exposés à d'infinies nuances de vert.

Au musée du thé, j'apprends l'histoire de cet endroit spécial qui semble avoir évolué au cours des derniers siècles, passant de main en main, d'explorateurs Britanniques jusqu'à l'entreprise multi-milliardaire Tata. Le musée, ouvert et géré par la multinationale Indienne, voudrait me faire croire que les plantations sont finalement retournées entre les mains des locaux mais plus tard j'apprendrai un détail important: les terres restent la propriété de Tata et la coopérative de locaux récoltent les profits générés par le commerce de leur thé sous un contrat de leasing avec le géant. Dans les champs, les travailleurs eux sont lésés.

Je décide de passer le reste de la journée en rickshaw, à explorer les routes montagneuses qui entourent Munnar. Mes trente et quelques kilomètres de découverte m'emmènent en lieux plus ou moins décevants. Peu importe, Kerala a décidé de m'accorder quelques merveilles. Le chauffeur s'arrête sur le bord de la route spontanément et me montre ce que je n'aurais jamais pu remarquer par moi-même. Des buffalos patrouillent les collines et des singes partagent la cime des arbres avec les plus gros écureuils que j'ai jamais vu. Nous avançons à l'ombre des ruches d'abeilles sauvages et jusqu'au lac Kundala où je reçois un cadeau. Je traverse d'intenses buissons en espérant ne pas croiser de serpent, puis j'atteins une clairière. Je m'assois dans l'herbe, incrédule. Quelques mètres d'eau me séparent d'éléphants sauvages!

Ma chance n'est pas épuisée à Munnar. Le deuxième jour, je rencontre Ajith qui me guide à travers treize kilomètres de randonnées dans les territoires du thé. Nous progressons dans les champs et profitons de vues incroyables sur les vagues vertes. Ajith sème sa connaissance en chemin et je ramasse les miettes d'information. De la vie des travailleurs à la différence entre les types de thé (noir, vert, blanc), j'absorbe autant d'informations que possible et nous arrivons près de travailleurs. Ces femmes discutent à travers le champs et cueillent les feuilles à une allure frénétique. De temps à autres, elle jettent un sac plein de thé sur leur tête et descendent le long de la colline. Le guide me fait part de l'évolution des conditions de travail au fur et à mesure que les saisons se suivent. Il m'explique que le sel les débarrasse des sangsues qui accompagnent la mousson. La randonnée continue et, alors que nous arrivons au sommets de cette chaîne de montagnes, j'apprend les nombreuses rencontres que ces femmes font dans les champs. Elles les partagent avec quelques animaux sauvages au fort caractère. Ajith me raconte comment lui aussi est tombé nez-à-nez avec un éléphant sauvage sur le chemin où l'on se trouve. Mon coeur est partagé entre le désir de voir un des géants de près et ma conscience de leur danger. Finalement, nous atteignons la forêt où la dernière partie de cette aventure nous attend. Au travers des bois, j'en apprend plus sur les plantes locales. J'hume l'écorce d'arbres à cannelle et goûte des grains de café alors qu'Ajith me renseigne sur certaines plantes utilisées en médecine Ayurvédique.

Ma parenthèse à Munnar vient à terme lorsque j'embarque pour les cinqs heures de bus qui me ramènent à Cochin, où j'ai prévu de rester quelques jours de plus. On m'a parlé du festival d'Onam et j'ai décidé que le nord de l'Inde pouvait attendre. De plus, j'en ai appris plus sur le pays et il devient difficile de choisir un itinéraire. Bien sûr, la réponse est dans mon coeur et il semble que le plan ait changé.

De retour à Cochin, j'ai un sentiment familier. Les collines humides de Munnar ont agis sur mon organisme et j'ai un début de rhume. Quoi qu'il en soit, je décide de m'aventurer dehors et d'explorer une partie de Fort Kochi qui m'avait laissé curieux. En chemin, je croise un groupe de jeunes garçons qui jouent avec un cerf volant et je remarque qu'ils étaient au même endroit quelques jours auparavant. Cette fois-ci par contre, l'un d'entre eux semble quitter la partie et traverse la route lorsqu'il m'aperçoit. Il me fait signe de le suivre et semble avoir du mal à contenir son enthousiasme. Mes quelques mètres d'hésitation me mènent à une maison très modeste dans laquelle je tombe nez-à-nez avec un famille qui est décidément aussi surprise que je le suis. Leur sourires résignés me laissent penser qu'ils me sont pas si surpris après tout. En effet, le garçon de dix an que j'ai rencontré semble unique en son genre. Dans la pièce ses parents, sa grande soeur et sa grand-mère me font tous signe de m'asseoir. Comme si j'étais un jouet trouvé dans la rue, le garçon qu'on m'a maintenant présenté sous le nom de Achu me place sur la chaise et s'assure que je sois à l'aise. Je me sens comme mis en exposition et renvois la curiosité de cette famille envers cette humble pièce. Leur maigres ressources contrastent leur générosité. La mère nous sert le Chai si typique de l'Inde et je suis invité à déjeuner pour Onam, le lendemain. J'accepte son invitation et déguste le thé. Passé un moment, je quitte leur domicile avec le sentiment qu'ils m'auraient données toutes les richesses du monde s'ils les avaient.

Dans ma culture, il est approprié pour un invité d'apporter quelques attentions. Je vais donc acheter le chocolat, thé et savon qui me montreront à quel point je suis encore culturellement naïf à ce stade du voyage. Ensuite, je prend le départ vers la petite maison par un mélange de fraiche pluie et chaude fièvre. Achu passe la porte alors que je m'approche. Nul doute, il guettait mon arrivée et je suis dès lors dirigé vers ma chaise. Il s'assure que mes affaires soient rangées correctement et je rencontre le reste de la famille. Un oncle et sa famille sont présents, et on m'informe que même le grand-père handicapé fera une de ses rares apparitions pour me voir de ses propres yeux.

On me sert une quantité astronomique de nourriture et je dévore ces délicieux plats du Kerala en face d'un publique. Chacun des membres de la familles m'observe et me donne des indications sur quoi manger et comment. Achu garde un oeil discret sur moi et s'assure que je ne manque de rien. Ma langue survie la fournaise des épices que je mange et vient leur tour de manger. Par terre. La famille ne me laisse pas m'asseoir sur le sol avec eux et insiste qu'un invité a sa place au confort d'une chaise. Malgré ma timidité face à ces traitements de faveur, je conçois les différences culturelles et reste à ma place. Heureusement, leur repas arrive à sa fin à une allure typique de l'Inde et j'entrevois rapidement ma chance de retourner leur bonté. Il est l'heure du Chai et je saisis l'opportunité que j'ai pour leur offrir le chocolat et autres petites attentions. Alors que je sors les cadeaux de mon sac, je réalise peu-à-peu avoir fait un faux pas. Bien entendu, c'est trop. Ces maigres cadeaux semblent inattendus et je me trouve dans l'embarras pour ce qui pourrait passer pour de la frime. J'essaye de me justifier à recours d'excuses plausibles bien que maladroites.

Le reste de l'après midi est un flow continu de Chai, encas et voisins curieux. J'observe cette famille et admire leur proximité. Adultes et enfants s'occupent du bébé à tour de rôle et le couvre de baisers. Bras reposent sur épaules et ce petit espace est partagé spontanément. Aucune place ne semble être à personne sauf la seule chaise qui revient à l'invité. Je la laisse au grand-père qui arrive, au bout d'un certain temps. On m'invite à m'asseoir au bord du lit, d'où j'observe toujours les allers et venues d'amis et voisins qui passent la porte pour dire bonjour. Cette démonstration de relations humaines admirables continue jusqu'à ce que je décide qu'il est temps de partir. Mon état ne s'arrange pas et je n'ai plus d'autre choix que d'abandonner mon corps fiévreux au lit de l'auberge. Je suis escorté jusqu'à la porte par une parade de mercis et aurevoirs. Achu me raccompagne jusqu'à la rue. Il ne semble pas prêt à voir sa dernière trouvaille disparaître au prochain croisement. Je fais mes aurevoirs de la main et promet de revenir le lendemain avec les photos de la journée imprimées. Les heures frustrantes que je passerai à chercher un studio d'impression le lendemain seront ma dernière expédition à Cochin. La fièvre a eu le dessus sur les parades d'Onam.


Leurs maigres ressources contrastent leur générosité. La mère nous sert le Chai si typique de l'Inde et je suis invité à déjeuner pour Onam, le lendemain

Nous avons discuté et vite réalisé que nous allions dans la même direction. Mon repos à Goa a été de courte durée et nous embarquons à présent pour une aventure partagée au Nord de l'Inde

J'ai attrapé un train de nuit au départ de Cochin après une longue après-midi d'attente sur le quai numéro un. Mon changement de plan m'envoyait vers Goa pour un peu de repos avant d'atteindre ma nouvelle destination: le Rajasthan. À présent, je me trouve à bord d'un autre train, pour la dernière partie de deux jours et demi de voyage entre Goa et Udaipur, via Mumbai. En face de moi se trouve ma nouvelle compagne de voyage: une Chilienne en fin de vingtaine qui vit et voyage entre Australie et Asie du Sud-Est depuis un moment. Son nom est Aurora, son surnom Loly. Sortie de nulle part, elle est apparu sur le trottoir boueux où j'attendais le bus pour Palolem Beach à Goa. Nous avons discuté et vite réalisé que nous allions dans la même direction. Mon repos à Goa a été de courte durée et nous embarquons à présent pour une aventure partagée au Nord de l'Inde.

Nous arrivons à la gare d'Udaipur et rencontrons la foule habituelle de vautours en rickshaw. Après quelques négociations passionnées, nous embarquons un des véhicules à trois roues qui nous amène vers un quartier près du lac. La ville expose beaucoup plus d'architecture que le Sud du pays. Tout semble ancien et je devine que l'endroit est un épicentre historique d'art et de culture. D'une manière générale, Udaipur me paraît plus fidèle à l'image que la personne lambda se fait de l'Inde.

Nous décidons de prospecter les rues adjacentes et chercher un endroit où passer la nuit. Notre chance nous porte à la rencontre d'un jeune homme qui n'est clairement pas Indien. Mon compatriote Européen nous indique une auberge sympa avec jardin et terrasse de toit. Nous passerons quelques jours à cet endroit que le gérant, Jitu, appelle Jitusthan.

Udaipur est un bijou blanc d'architecture. L'imposant palace surplombe un lac magnifique et les temples mettent des croisements de rues surchargés à l'ombre. Nous passons notre séjour à hanter les marchés et admirer les ateliers d'artistes. On nous apprend les différentes épices qui forment la base de la cuisine Indienne (poudre de coriandre, piments rouges, curcuma, asafetida et cumin) ainsi que les nombreux chais, masalas, curries, tandooris, biryanis et autres chutneys qui la composent. Plus tard, nous rencontrons un groupe de singes en chemin pour Sunset Point.

Le séjour dans cette auberge au nom qui peut tromper -Pleasure Guesthouse- se passe bien. Fidèle à sa culture, Jitu et sa gentillesse peuvent être étouffants. Il parade un mélange troublant de "Shanti shanti" (pas de stress) et "full power my friend" (à fond mon pote). Quoi qu'il en soit, lorsqu'il nous propose de visiter des villages ruraux, nous ne manquons pas notre chance de rencontrer une Inde des plus authentiques.

A bord d'un rickshaw chargé de biscuits, nous traversons trente kilomètres de route abimée à toute allure. Le véhicule entame des ascensions difficiles et descentes effrénées autour des nombreuses collines. On nous explique que la route est déserte dès lors que la nuit tombe. Des léopards habitent ces collines et ils sont "très dangereux car ils attaquent pas derrière et le plus souvent par au dessus." Le chauffeur nous explique qu'avec un tigre, au moins nous aurions une chance de survie puisque nous le verrions arriver. "Le rickshaw n'a pas intérêt à tomber en panne aux environs de dix-neuf heures!" - je lui répond télépathiquement.

Passé un certain temps, nous arrivons aux abords du village. Des enfants foncent dans notre direction et je comprend pourquoi Jitu a été surnommé Tonton Biscuits. Nous commençons à distribuer les biscuits qu'on nous avait conseillé d'acheter au enfants qui semblent peu ravis. Il est difficile de ne pas questionner cet acte de 'générosité' qui semble superficiel. Entre nous un débat pudique s'est installé concernant les limites évidentes de ce que ces biscuits peuvent apporter à des villageois si pauvres. Je réfléchis au fait que, d'un certain point de vue, c'est un geste tendre car les biscuits gâtent les enfants quoi que soit leur situation. Ceci étant dit, la saison touristique leur apporte sans doute une montagne de biscuits. Cela améliore-t-il leur situation? Ça ne nous paraît pas être une solution durable. Nous décidons de profiter de ces rencontres et, plus tard, nous suggérons quelques alternatives plus durables à Jitu.

Cette journée au village m'a amené plus loin dans les abysses de la pauvreté. Les villageois comptent sur les maigres pluies du Rajasthan pour pouvoir cultiver, ils vivent dans des maisons sans vitres et leurs difficultés de santé sont apparentes. À l'arrière du rickshaw qui nous ramène en ville, j'essaye de prendre compte des différences entre le Nord et le Sud du pays. En quelques jours au Rajasthan, nous avons fait la connaissance d'une pauvreté extrême, de l'illettrisme et du travail des enfants. Je repense à notre visite du marché, assis dans une petite boutique ou le marchand demandait à son 'assistant' de douze ans de nous apporter du chai. Ce soir là, je confronte Jitu sur le sujet. Il m'explique que beaucoup d'adolescent, étant donnée leur situations, préfèrent quitter leur village et gagner un peu d'argent sur les nombreux marchés. Le marchant loge et nourrit le garçon, et il ne semble pas lui demander beaucoup de travail. Il semble avoir pris pour mission d'aider cet enfant en l'acceuillant et lui apprenant un métier. J'essaye d'observer la situation au travers du prisme de nos différentes cultures et je comprend. Malgré tout, je ne peux m'empêcher de débattre du sujet avec Jitu. Clairement, les enfants que j'ai vu travailler n'entreprennent pas de lourds labeurs. Ce qui m'interpelle avant tout, c'est le manque d'opportunité qu'ils ont d'accéder à une éducation. J'apprend que le gouvernement Indien a rendu l'école gratuite pour tous dans le pays. Seulement, ces enfants trouvent peu d'intérêt en l'école. Ceci est leur réalité.

À l'arrière du rickshaw qui nous ramène en ville, j'essaye de prendre compte des différences entre le Nord et le Sud du pays. En quelques jours au Rajasthan, nous avons fait la connaissance d'une pauvreté extrême, de l'illettrisme et du travail des enfants

Je m'émerveille de ce nouveau monde que nous avons trouvé à seulement une nuit de bus d'Udaipur. Au travers des rues chargées, je lutte contre la chaleur étouffante pour avoir ma part de ce rêve Rajasthani

La nuit a été rude. Je faisais des allers et retours entre éveil et sommeil, au rythme frénétique du bus qui nous a amenait sur la route chaotique de Jaisalmer. Nous n'avions pas prévu de visiter cette ville si tôt. Quand notre bus pour Jodhpur a été annulé, nous avons fait un échange de dernière minute au profit du mélange de goudron abîmé et de terre qui conduit à l'Ouest du Rajasthan.

Si Udaipur est la ville blanche, Jaisalmer est un conte des Milles et Unes Nuits couleur sable. Il ne faut pas longtemps avant que je tombe sous le charme de cette ville aux portes du désert du Thar. En même temps, l'endroit est dur et j'ai le sentiment qu'il me faudra une épaisse carapace.

Tout ici est différent. Je m'émerveille de ce nouveau monde que nous avons trouvé à seulement une nuit de bus d'Udaipur. Au travers des rues chargées, je lutte contre la chaleur étouffante pour avoir ma part de ce rêve Rajasthani. Au coeur du fort, nous empruntons des rues étroites où les marchands nous appellent de tous côtés. Les murs du fort sont jonchés de tapis colorés et les boutiques étalent les cuirs et métaux du Rajasthan.

De retour à l'hôtel, nous discutons avec l'assistant de vingt-et-un ans qui se charge de quelques corvées et fait la cuisine pour le restaurant. La conversation dépasse ses délicieux lassis et nous apprenons qu'il travaille ci et là depuis qu'il a treize ans. Après une courte enfance dans un village près de Jaisalmer, il a rejoint la ville dans l'espoir de trouver un emploi. Il s'estime chanceux d'avoir un travail, d'autant plus qu'il a un "handicape." Nous réalisons que ses quelques doigts manquants ferment bien des portes en Inde, et je devine un problème plus profond. En effet, je lui demande s'il a lien de parenté avec le propriétaire et il me répond être Musulman, alors que le patron est Hindou. Dans cette partie du Rajasthan, si proche de la frontière avec le Pakistan, j'ai l'impression de découvrir une dimension nouvelle de cet ascenseur social Indien bien en panne.

J'emporte ces questionnements jusqu'au lac, d'où j'espère pouvoir admirer le coucher du soleil. Le lac est bordé pour moitié de constructions anciennes, et l'eau est parsemée de ruines. Très vite, je suis accosté par trois jeunes hommes curieux de vingt ans qui prennent place autour de moi. Prudent, je me demande si ils veulent me demander ou me vendre quelque chose, cette fois-ci. Passé un moment, ils rassemblent leur courage et me demandent de poser pour une photographie avec eux. La conversation reprend. Le charismatic Sumil me montre quelques photographies des cobras que son père élève en l'honneur du dieu qu'ils vénèrent. Je m'intéresse à un tatouage qu'ils ont en commun et ils me parlent de leur caste. "C'est classe moyenne" - ils m'expliquent. Pour le reste de mon apprentissage, je me vois répéter des mots cochons dans leur dialecte, ce qui ne manque pas de les faire rire. La dernière vision que j'ai de cette rencontre est un aurevoir commun, les trois partageant une moto.

Le jour suivant est une échappée longuement attendue vers le désert du Thar. Je grimpe sur un dromadaire qui me soulève plus haut que j'avais imaginé. Je sens le mélange paradoxal de calme et de caractère chez cet animal. Pour les deux jours à venir, il me libérera des rues frénétiques des villes Indiennes.

Après une courte chevauchée, nous prenons refuge à l'ombre d'un arbre, près d'une source d'eau. Les dromadaires avalent de grands quantités d'une eau qu'ils partagent avec vaches et chèvres. Le guide, Dao, allume un maigre feu pour préparer le déjeuner. Nous sommes rejoints par quelques bergers. L'un d'entre eux attrape une chèvre et nous revient avec le lait frais que Dao utilise pour le chai.

Un bon repas et une courte sieste plus tard, je me joins au guide pour trouver les dromadaires. Ils se sont aventurés aux alentours pendant la pause et j'apprécie les recherches. L'itinéraire de l'après-midi nous porte plus loin dans le désert qui ne resemble pas à ce que j'avais imaginé. La chaleur sèche est là mais le désert est plus vert que j'avais imaginé. Les arbustes chatouillent buissons et cactus dans ce territoire où le bétail patrouille. Les fermiers laissent chèvres, vaches et dromadaires en liberté au milieu des biches, oiseaux et cobras sauvages. Nous progressons au travers de champs d'éoliennes qui gâchent le paysage. Je me dis que c'est pour la bonne cause.

Un repos bien mérité nous attend à destination: une dune de sable plus fidèle au stéréotype du désert qui surplombe la végétation sèche de ce désert. Dès que les dromadaires sont libérés de leurs charges, Dao prépare le feu et prépare le chai. Nous discutons et apprenons qu'il a vingt-cinq ans, bien qu'il en paraisse plus. Il a une petite fille et espère un jour avoir un fils. Il explique qu'un garçon peut aider à gagner le pain quotidien. Son point de vue ne m'étonne pas, ayant travaillé depuis qu'il a dix ans lui-même. Alors que la conversation continue, je suis interpellé par le fait que son manque d'opportunité est verrouillé par son illettrisme. Je mentionne micro-crédits et autres solutions qui lui permettraient de faire progresser ses revenus mais l'internet lui échappe. "Quelles sont ses perspectives? Vers qui se tourner s'il ne peut pas lire le plus simple des contrats ou messages?" - je me demande, prenant conscience de choses basiques que nous considérons acquises.

Le dîner est terminé et je sais que je vais dormir sur un épais matelas de questionnements. Dao nous conduit à notre duvet dans le sable et s'installe avec nous un moment. Silencieux, il semble perdu dans ses pensées, sur cette dune.

Il y a quelque chose de spécial dans le désert. L'immense vide a une réelle présence. Les vents envahissent le vaste espace et murmurent les nombreux secrets du monde. Le désert, il nous offre le plus bleu des ciels et laisse le soleil disparaître en révérence. À l'ombre du monde, il nous accorde un ciel plein d'étoiles et nous délivre enfin d'une chaleur sans pitié.

Je me réveille en pleine nuit. Les étoiles me regardent encore dans les yeux. Je me lève et observe les alentours. L'air est frais et humide. La dune est entourée de nuages que je trouve bas, menaçants. Soudainement, j'aperçois une silhouette agitée. Il semble s'agir de Dao, faisant gestes aux dromadaires, libres à présent, de partir. Un moment d'hésitation. Je me demande s'il n'est pas plutôt en train de tempter de les attraper. Le ciel est menaçant et ils pourraient être en train de paniquer. Je reprend vite mes esprits et tombe à nouveau dans les bras de Morphée. Les dromadaires doivent simplement se nourrir avant que nous levions camp.

Après le déjeuner, les dromadaires sont chargés et prêts à partir. Je jette un dernier regard à notre camp, à moins de cinquante kilomètres de la frontière Pakistanaise. Notre caravane avancera une demi journée, à travers dunes et villages, entres éoliennes et cactuses.

Le désert, il nous offre le plus bleu des ciels et laisse le soleil disparaître en révérence. À l'ombre du monde, il nous accorde un ciel plein d'étoiles et nous délivre enfin d'une chaleur sans pitié

Le paysage escarpé de Jodhpur entoure un fort magnifique qui se fait désirer. La chaleur ralentit toute ascension vers le portail d'entrée, d'où on peut observer cette ville bleue paradoxale

Je me réfugie à l'ombre. Nous avons à peine été libérés d'un voyage de cinqs heures en bus auquel je ne pensais pas survivre. Les vautours à rickshaw de Jodhpur nous tournent déjà autour et nous nous sentons submergés.

Après s'être débattus avec des options hôtelières étrangement chères, nous nous installons dans une auberge familiale pour un court séjour. "Pas plus d'un jour" - nous a-t-on dit en ce qui concerne la ville. À notre arrivée, nous patrouillons le quartier un moment et décidons d'en rester là pour la journée. Le trajet de bus en Enfer a eu raison de nous.

Le lendemain, j'ignore mon estomac contrarié et nous marchons vers un point d'observation. De là, je remarque deux lacs au pied du Fort de Jodhpur. L'un deux atteint un ghat où des gens se baignent. Plus tard, nous apprenons que ces hommes prient en hommage à ceux qu'ils ont perdu. Nous les observons en silence et décidons de ne pas nous imposer trop longtemps. Nous nous dirigeons vers le deuxième lac et, à travers une porte en bois, nous découvrons un petit coin de Paradis. Ce ghat silencieux est hanté par un group de singes, des écureuils courent le long des murs et le seul chien présent garde un oeil sur nous. Au dessus du lac trône le Fort de Jodhpur où, plus tard, j'observerai l'art et l'armurerie d'un Rajasthan ancien.

Le paysage escarpé de Jodhpur entoure un fort magnifique qui se fait désirer. La chaleur ralentit toute ascension vers le portail d'entrée, d'où on peut observer cette ville bleue paradoxale. Les rues étroites capturent vos yeux pour un séjour qu'on vous a conseillé court. La ville, aussi belle soit-elle, n'a pas grand chose à offrir. Jodhpur vous reçoit, vous montre quelques belles choses, puis vous rend à votre aventure.

Nous nous sommes arrêtés à Pushkar pour un repos bien mérité. La ville au lac sacré et cinquante-deux ghats était un arrêt plaisant -bien que quelconque- avant de s'aventurer au coeur de l'Inde.

À Agra, une page se tourne. L'identité forte du Rajasthan laisse place à l'Inde la plus vraie, la plus crue. Nous progressons encore plus loin dans les abysses de la pauvreté. Quelques rue étroites séparent les alentours opulents du Taj Mahal et les allées remplies d'ordures. Je suis sans mots face à ces conditions presque insalubres, à seulement quelques rues du trésor national.

Nulle part ne trouvons nous refuge contre le harcèlement des rickshaws mais notre patience est récompensée tôt le jour suivant. Nous sacrifions une part importante de sommeil pour visiter le joyaux d'architecture au levé du soleil. Zigzagant entre les autres touristes, nous parcourons les jardins symétriques pour atteindre le mausolée. Tout semble être une référence à la naissance de cette vraie merveille. Certaines parties des jardins et des constructions font référence au nombre d'années et de travailleurs qu'il a fallu pour construire le Taj Mahal, ou Palais de la Couronne. Érigé entre les identiques Mosquée et quartiers d'invités, l'édifice de marbre se tient fier au nom de Mumtaz Mahal, troisième et seule épouse choisie de Shah Jahan. Les tombes des deux amoureux reposent dans le silence corrompu de ce monument qui ne devait être que pour Mumtaz. En effet, avant d'être emprisoné par son fils, Shah Jahan avait ordonné la construction de son propre mausolée: une réplique en marbre noir, ombre du Taj Mahal sur la berge opposée de la rivière. Celui-ci, nous ne le verrons jamais.

Nous sacrifions une part importante de sommeil pour visiter le joyaux d'architecture au levé du soleil. Zigzagant entre les autres touristes, nous parcourons les jardins symétriques pour atteindre le mausolée

Varanasi est un voyage unique au coeur des extrêmes. La ville annonce clairement que nulle part ailleurs nous ne verrons de pareilles choses

"A côté de Varanasi, le reste de l'Inde ressemble à un hôtel cinq-étoiles" - quelqu'un m'a un jour dit. Mes attentes ont baissé avec le commentaire, ainsi que les nombreux témoignages faisant écho au long de mon voyage en Inde.

Nous arrivons et sortons de la gare avec le sentiment que nous allons être dévorés par une meute de loups. Nous nous demandons si, peut-être, nous n'avons pas été trop optimistes avec le nombre de jours que nous allons passer à éviter les nombreuses arnaques de Varanasi. Quoi qu'il en soit, nous partons pour un quartier que nous avions en tête pour ce séjour et trouvons un endroit où passer ces quelques jours.

Le destin veut que notre première sortie nous montre un des sites de crémation: le ghat de Manikarnika. La première vision est assez dérangeante, jusqu'à ce que nous apprenions la dimension spirituelle de la cérémonie. Un vieil homme nous rejoint pour une leçon sur cet endroit sacré. Manikarnika est un des deux ghats à crémation dans la ville. Les croyants qui ont souffert une mort naturelle sont brûlés sur des piles de bois et leurs cendres sont jetées dans le Ganges. La cérémonie leur donne accès au Nirvana. Le second ghat est pour les malchanceux qui sont morts d'accident ou crime et qui n'ont d'autre choix que de se réincarner. Il a également un four crématoire électrique pour ceux qui sont trop pauvres pour acheter le bois. Nous observons un groupe d'hommes qui chargent un corps sur un bateau et demandons au vieillard ce qu'ils font. Il nous répond que cinqs catégorie de gens ne peuvent pas être purifiés par le feu: les hommes saints et les enfants de moins de quinze ans, car ils sont déjà purs; les femmes enceintes car la peau de leur enfant est comme une fleur et qu'ils ne brûlent pas de fleurs; ceux qui souffrent de la lèpre ou qui sont morts d'une morsure de cobra, car la croyance veut qu'ils pourraient contaminer les travailleurs des ghats. Tout comme les animaux sacrés, eux sont attachés à une pierre et rendus à la Déesse Ganga.

Des Hindous font le pèlerinage depuis les quatres coins du pays pour offrir à leurs chers et tendres une crémation le long du Ganges ou au moins offrir leurs cendres à la rivière sacrée. Le feu est entamé par un proche, et je remarque que personne ne pleure. En effet, cela empêcherait l'âme du défunt d'atteindre le Nirvana. Le vieil homme nous explique que, dans sa culture, la mort est considérée comme partie de la vie. Ce n'est pas quelque chose de triste. De plus, les morts de Varanasi sont considérés comme chanceux de finir dans les bras de la rivière sacrée. D'après la croyance, un homme assoiffé trouva Shiva qui méditait dans les montagnes. Lorsqu'il supplia le dieu d'apaiser sa soif, Shiva accepta et le Ganges naquit du dessus de sa tête. Le Dieu de la Destruction qui voulait sauvegarder l'homme de sa soif le fit suivre par la rivière, et ce jusqu'à l'océan.

Le matin suivant, nous rejoignons la foule le long du Ganges pour un rituel plus gai: le bain. Des groupes d'adolescents jouent dans l'eau et des familles partagent un moment de spiritualité. Des hommes saints méditent sur les marches qui surplombent les baigneurs bruyants. Je suis surpris par l'utilisation de savon dans la rivière qui est la deuxième la plus insalubre au monde. Nous allons de ghat en ghat, entre marches et boue. Le Ganges est toujours une dizaine de mètres trop haut après une mousson riche, et il est clair qu'une partie conséquente des ghats nous est cachée. Les hommes sont toujours occupés à nettoyer les couches épaisses de boue apportées par les inondations de la fin d'été.

Le nom "Varanasi" est une combinaison de deux cours d’eau qui nourrissent le Ganges en amont et aval de cette étendue citadine de sept kilomètres: l’Assi et la Varuna. La première a également donné son nom à un ghat dans la partie plus récente de la ville. En milieu d'après-midi, nous arrivons à ce ghat plus calme pour un repos mérité. Très vite, un jeune garçon vient mendier quelque chose à manger. Il insiste d'une voix timide. Ses yeux tristes fixent les miens et ses petits doigts me pincent le genoux légèrement. Je le suspecte de jouer mais quoi qu'il en soit, c'en est trop pour mon coeur d'artichaut. J'achète de l'eau et de la nourriture et le regarde partir, fier, pour partager avec sa soeur et son père. Passé un moment, il revient pour jouer à caches-des-chips. Il prétend ne pas avoir de nourriture à nouveau et rit lorsque je pointe du doigt la chips qu'il a caché derrière son dos ou sous son genoux. Il joue un moment et disparaît à nouveau. La rencontre me brise le coeur. Le garçon à la brûlure et au habits sales s'appelle Noku. Il me hante l'esprit et je retournerai lui offrir un humble repas à différentes occasions de mon séjour.

Nous explorons Varanasi à travers les plus étroites des rues et visitons des temples cachés. Le soir, nous nous frayons un chemin à travers la foule de la cérémonie du Puja dans le ghat principal. Au premières heures du jour, nous embarquons pour une balade en bateau, guidé par un jeune homme souriant qui répond au nom de Machu et combat le courant fort d'un Ganges haut. Entre ces moments spéciaux, nous naviguons des rues sales et observons des choses dont je ne souhaiterai pas me rappeler.

Varanasi est un voyage unique au coeur des extrêmes. La ville annonce clairement que nulle part ailleurs nous ne verrons de pareilles choses. Les gens sont durs et, à quelques exceptions gratifiantes près, toutes nos conversation avec les locaux ont comme objectif plus ou moins direct -plus ou moins honnête de nous soutirer de l'argent. L'endroit nous fait abandoner l'idée que nous saurons un jour quelle version de "ce magasin" et "ce prix" est la vérité. Cependant, Varanasi est bien plus que cela. Cet un endroit de réunion, où les gens convergent autour de croyances partagées qui sont assez fortes pour définir leur mode de vie. En se baladant le long des ghats, nous ressentons la dimension spirituelle de cet endroit sacré. Les bains nous montrent un célébration de la vie. Les crémations une de la mort.

Je suis assis à l'aéroport International Indira Gandhi, prêt à laisser un autre avion m'amener au loin. En moi un sentiment étrange. Est-ce donc un aurevoir?

L'Inde et moi empruntons des chemins différents à présent et cette bête magnifique me manque déjà. L'Inde sauvage et intransigeante, pluie de couleurs et de sons. Je me prépare à partir, mais je laisse une part de mon coeur ici.

Ces cinqs dernières semaines, je suis allé d'endroits à endroits, j'ai observé la vie de l'Inde et avant tout j'ai rencontré les âmes uniques de ce pays. Je repense à mon expérience et peux désormais apprécier toutes les impressions que le pays m'a donné.

L'Inde est cruelle, elle vous pousse en droite et en gauche et, parfois, vous avez l'impression de perdre votre souffle au milieu du chaos des rues bondées. Vos yeux sont exposés à d'immenses richesses culturelles comme à la vie dans son plus simple appareil. Vous êtes stupéfait par le dur traitement que des étrangers s'infligent dans la rue, mais au détour d'un rue elle vous offre une merveille.

L'Inde est une famille qui vous est inconnue mais vous invite à déjeuner. C'est une jeune femme qui vous sauve de négociations compliquées avec les chauffeurs de rickshaw. L'Inde veut vous vendre quelque chose mais, lorsque vous déclinez, elle vous aidera à trouver votre chemin. C'est parfois deux hommes de soixante ans qui se tiennent la main pour traverser la rue et parfois un groupe de jeunes frères qui dorment la tête appuyée sur les épaules les uns des autres. L'Inde a tout simplement un coeur en or.

L'Inde est cruelle, elle vous pousse en droite et en gauche et, parfois, vous avez l'impression de perdre votre souffle au milieu du chaos des rues bondées. Vos yeux sont exposés à d'immenses richesses culturelles comme à la vie dans son plus simple appareil. Vous êtes stupéfait par le dur traitement que des étrangers s'infligent dans la rue, mais au détour d'un rue elle vous offre une merveille

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