CHAPITRE QUATORZE

LE GRAND SAUT

Conclusion

Il y a peu que je puisse faire maintenant si ce n'est faire le grand saut. En sortant de cette aventure avec moins de réponses que j'avais espérées, mais beaucoup plus d'expériences que je n'aurais pu imaginer


Ça y est.
Ça y est, ça y est, ça y est.

Il y a quelques jours, je quittais Tupiza, en Bolivie. Je sautai à l'arrière d'un mini-van et demandai au conducteur y avait-il une boucle pour la ceinture de sécurité. Il a regardé rapidement et m'a montré que oui, il y en avait une, seulement c'était sous la couverture du siège et elle n'était pas accessible. "Pero tranquilo", a-t-il dit pour me rassurer. Je pensais "bien sûr". Je pensais "nous pouvons mourir dans un accident de la route sans problème, tant que les sièges sont jolis". Et pourtant, en même temps, j'ai réalisé que bientôt, je serai de retour dans un pays où tout est trop réglementé. Où, à chaque coin de rue, quelqu'un vous attend pour vous dire quoi faire et comment.

Je rentre où il n'y a plus de granadillas, plus de nourriture ni de personnes exotiques. Plus d'auberges de jeunesses ni de comidas, pour le pire mais parfois pour le meilleur. Plus de lamas ou de volcans. Pas de temples Khmers ni de ville perdue. Pas plus que de se réveiller en se demandant "et aujourd'hui?" Tout simplement, plus de cette aventure, et s'il y aura toujours l'inconnu, ce ne sera sûrement pas dans la même mesure.

Ce serait un mensonge de prétendre que je regrette ce retour, pour autant que j'appartiens à cette aventure, et qu'elle m'appartient, j'ai atteint la fin de ce bout de chemin. Le temps est venu de passer à quelque chose de différent, de ré-acquérir un sens de stabilité et de continuer ma marche sur cette route appelé 'la vie', destination inconnue et objectif sens.
Le Roi de Piques n'est pas mort, ou du moins je ne pense pas qu'il le soit. Mais il y a un secret ouvert dans ce voyage, n'est-ce pas? De la pile, le roi de piques est l'explorateur, certes. Mais qui a dit que son exploration n'a jamais été que celle de nouvelles terres? Et si c'était des vies différentes qu'il explorait? Et si c'était des opportunités et des expériences?

Il y a peu que je puisse faire maintenant si ce n'est faire le grand saut. En sortant de cette aventure avec moins de réponses que j'avais espérées, mais beaucoup plus d'expériences que je n'aurais pu imaginer. Je ne savais pas grand chose quand j'ai pris un vol pour le sud de l'Inde, je me rends compte maintenant. Je ne savais simplement pas grand chose. Et autant que je reste dans l'ombre quant à quelques-unes des questions que je me posais alors, j'en connais désormais un peu plus du monde.
Dommage pour ces questions, même si je soupçonne une chose: j'ai la réponse la plus importante depuis le début. Que toutes les questions n'ont pas forcément de réponse, tout simplement, et surtout pas le celles du genre que j'ai chargé dans mon sac à dos l'année dernière. Tout ce dont je suis sûr, c'est que je suis loin d'être seul à essayer de comprendre ce monde, et que nous faisons tous de notre mieux pour s'en sortir, pour réussir.
Et qu'en est-il des voyageurs que j'ai rencontrés et qui portent le même fardeau, heh? Tous les Rois et Reines de Piques découragés par le mode de vie auquel on les a destiné. Le travail vie-de-bureau, le manque (ou l'absence) de but, la poursuite matérielle dépourvue de sens... Considérez que les millénaires sont une génération perdue si vous le souhaitez. De mon côté j'ai une ferme conviction: le monde est réellement en train de changer.

Que puis-je vous dire maintenant? Que nous reste-t-il, mis à part l'évidence? Voyagez, mes amis. Voyagez longtemps et loin. Atteignez des coins du monde où vous n'auriez jamais pensé aller. Rencontrez les amis et les amants que vous auriez dû rencontrer il y a longtemps. Acceptez les hauts autant que les bas. Acceptez tout cela. Et ne cherchez pas de destination sinon que des vues nouvelles du monde. Des vues plus justes du monde.

Je vous laisse maintenant, avec la seule humble vérité que j'aurais éventuellement à offrir, que le voyage est vraiment l'école de la vie. Il vous enseignera bien plus que les écoles les plus prestigieuses du monde. Tout simplement parce que, pour la moindre petite chose que la nature vous montre, pour chaque nouvelle personne et chaque nouvelle culture que vous rencontrez, vous en apprenez plus sur vous-même. Peut-être que tout ce que cette année de voyage m'a enseigné peut se résumer à une chose simple: que le monde entier n'est rien qu'un petit angle où vous vous trouvez, confus. Ce petit angle vous appartient, mais pas plus qu'à une autre personne. Pas moins non plus. Je vous demande donc une chose. Si quelqu'un d'étranger arrive sur vos terres, voyez-le pour ce qu'il peut vous enseigner. Demandez-vous si vous lui avez donné une réelle chance.

"Plus j'ai voyagé", a déclaré Shirley MacLaine, "plus je me suis rendu compte que la peur rend étrangers ceux qui devraient être amis."

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