CHAPITRE ONZE

LE MELANGE

Equateur

Vient le jour-J, les commerçants reprennent la place du marché et ses rues adjacentes. Otavalo est ma première rencontre avec l'Equateur, qui m'a déjà surpris


L'Équateur me fait une promesse à ses portes. Une promesse pour des trajets plus commodes. Dans quelques heures seulement, je serai à destination: Otavalo, une petite ville au nord du pays, célèbre pour ses marchés artisanaux. Elle sera mon premier arrêt ici.

D'une première impression, l'Équateur offre un mélange de terrain montagneux verdoyant et de villes peu inspirantes. Nature impressionnante d'une part, architecture basique de l'autre. Nous conduisons sur des routes courbées, s'arrêtant pour plusieurs contrôles de la police, et enfin nous atteignons la petite ville.

Otavalo est fidèle à la disposition urbaine linéaire des Amériques post-coloniales. Je me promène le long de différents blocs à la recherche du célèbre marché artisanal. Seulement samedi envahira-t-il les rue qui entourent la place du marché, et en attendant, je profite d'un point de vue sur la ville ou me promène sur les marchés alimentaires.

Vient le jour-J, les commerçants reprennent la place du marché et ses rues adjacentes. Otavalo est ma première rencontre avec l'Equateur, qui m'a déjà surpris avec un peuple dont les racines semblent témoigner des origines Indigènes du continent. Les tenues sont pour la plupart beaucoup plus traditionnelles qu'en Colombie. Maintenant, les nombreux marchands ont convergé vers le marché pour une belle exposition d'habits en alpaga et de petits objets artisanaux. La route de l'Équateur m'a mené à un tout nouvel univers, sans transition. Et quoi de mieux qu'Otavalo pour faire un plongeons culturelle?

Après quelques jours, je prends un autre trajet de bus délicieusement court. Pour Quito. Au fur et à mesure que nous avançons vers le sud le long de la Panamericana Equatorienne, j'ai le sentiment de voyager sur l'épine dorsale du pays.

Dans les dix mois et demi qui m'ont conduit jusqu'à la capitale Equatorienne, je n'ai pas soupçonné une seule fois que la ville était si belle. À mon arrivée, je me retrouve à marcher le long de ses vieux bâtiments, et dans ses rues incroyablement abruptes, à la recherche de mon logement. Malheureusement, après une nuit un peu décevante, je décide de changer d'auberge de bon matin.

Installé dans un Bed&Breakfast dirigé par une peintre Quitoenne qui semble tout droit sortie d'un film de Woody Allen, j'ai alors la chance d'explorer la capitale. Pour les premiers jours cependant, je décide de rattraper un peu de travail et de lessive en retard, quittant l'hôtel uniquement pour les célèbres almuerzos (déjeuners pour les travailleurs, dans les comidas) ou pour prendre des cafés.

Fidèle à ma stratégie Colombienne, je décide de participer à une visite à pied pour en savoir plus sur Quito. Nous nous promenons dans la vieille ville, qui est le centre colonial le plus grand et le mieux conservé de toute l'Amérique Latine. Le guide nous gâte d'histoires sur les différentes fractions Chrétiennes d'Europe qui ont érigée telle ou telle des nombreuses églises de la ville. Nous apprenons turbulences politiques et assassinats. On nous présente des confiseries typiques tout comme des monuments majeurs. La tournée nous en apprend beaucoup sur Quito et sur l'Équateur qui, on nous explique à la Plaza de Independencia, est appelée La Luz del America pour avoir été le premier pays à se battre pour l'indépendance. Il n'est pas surprenant alors de voir que la statue sur cette place est celle d'un condor triomphant d'un lion. L'Équateur a triomphé de l'Espagne.

Dans les dix mois et demi qui m'ont conduit jusqu'à la capitale Equatorienne, je n'ai pas soupçonné une seule fois que la ville était si belle

La promenade de trois jours fait du cratère Quilotoa une véritable récompense. J'arrive finalement et un lac à couper le souffle apparaît devant mes yeux. Le cratère est beaucoup plus grand que j'avais imaginé, et je me donne le temps de le contempler


Si l'histoire unique de l'Équateur est une face d'une pièce de monnaie, tourner cette pièce montre le mot 'nature'. Parce qu'entendre le nom du pays fait tout de suite penser à une mer de verts et à de magnifiques volcans, oui. Mais aussi parce que l'Equateur confirme sa réputation dès la frontière. J'ai voyagé plus au sud sur l'épine dorsale des Andes, deux heures supplémentaires, et j'ai vu de beaux paysages. Maintenant, je suis prêt pour une petite aventure. À savoir, une randonnée de trois jours vers le cratère de Quilotoa!

De la petite ville de Sigchos, je commence à marcher sur des sentiers de montagne et des routes poussiéreuses, granadillas en poche et prêt à absorber les vues montagneuses du centre de l'Équateur. Je me promène dans la tranquillité de cet endroit spécial pendant environ quatre heures, perdant le chemin ici et là par manque de signaux, et atteignant enfin la petite ville d'Isinlivi. M'attendent festivités locales ... Les villageois se sont rassemblés pour des jeux de taureaux, ils annoncent un bal pour le soir. Je suis abordé par un groupe d'hommes d'une quarantaine d'années qui m'expliquent la raison des festivités: un saint bien sûr. Ils sont curieux de parler avec l'un des étrangers qui traversent leur petite ville et m'offrent des shots de liqueur artisanale fabriquées dans la région Amazonienne, à base de canne à sucre. J'accepte poliment le ‘trago’ (alcool) du mieux que je peux, compte tenu de la longue randonnée et de l'altitude. Mais le trago l'emporte finalement et je dois être raisonnable. Je trouve mon hébergement pour la nuit et commence à chercher à dîner.

Après une bonne nuit de sommeil, je me lance pour un deuxième jour de randonnée dans ces terres: un compromis entre agriculture et nature. Vaches ou moutons sont attachés à un arbre ici et à un arbre là , à l'ombre d'imposantes falaises. Les chevaux sont «stationnés» sur le chemin et j'ai l'impression que les gens se font un endroit discret au sein de la nature, plutôt que de la modifier pour leur convenance. Et ce jour-là, dans les quatre heures qui me mènent à Chugchilan, quelque chose me frappe encore plus. J'ai traversés tous types de paysages, en particulier pour ce voyage, et pourtant je n'ai jamais perçu si clairement l'humble sentiment d'incertitude pour ceux qui vivent de la terre. Ici, dans les vallées et les plateaux de l'Equateur, Mère Nature est vraiment celle qui distribue les cartes.

Mon troisième et dernier jour de randonnée est le plus intense. Je quitte l'hôtel à six heures du matin pour quatre dernières heures de randonnée qui concluront la quarantaine de kilomètres du chemin au Quilotoa. Au fur et à mesure que j'approche du cratère, je fais le bilan des trois jours de marche entre deux milles et quatre mille mètres d'altitude. Curieusement, j'ai l'impression que la randonnée est une représentation équitable de mon expérience en Équateur, l'élément essentiel étant le relief.

La promenade de trois jours fait du cratère Quilotoa une véritable récompense. J'arrive finalement et un lac à couper le souffle apparaît devant mes yeux. Le cratère est beaucoup plus grand que j'avais imaginé, et je me donne le temps de le contempler. En outre, la marche autour du cratère promet d'être un véritable déclencheur de vertige et je ne peux pas croire que les trois jours de marche n'étaient qu'un des tests.

Après avoir rendu une visite relaxante à Banos et ses eaux thermales, je fais un arrêt ultime en Équateur, dans la ville coloniale de Cuenca. Je m'arrête dans une auberge où le personnel n'est pas des plus amicaux puis change pour un endroit charmant appartenant à un couple Colombien. L'auberge est gérée par des voyageurs sympathiques qui font d'une pause à Cuenca, dont les Péruviens Ross et Jayro.

Je prends quelques jours pour visiter la ville et ses rues coloniales, qui sont magnifiques mais peuvent être encombrées de circulation. Par destin peut-être, je tombe sur le dépliant d'un circuit recommandé de la «route Française». Au cours de l'ère coloniale, des scientifiques Français ont été envoyés en Équateur afin de prendre des mesures et essayer de localiser un méridien. Ils se sont installés à Cuenca et plus tard, l'architecture et la décoration Françaises sont devenues populaires dans la ville. En ce qui concerne les expériences scientifiques, la délégation a pris la tour d'une des nombreuses églises de Cuenca comme point de mesure, laissant derrière marque de croix sur le sol. À ce jour, la marque alimente des théories selon lesquelles le système métrique aurait été inventé à Cuenca.

Après quelques jours, je me joints à des gens de l'auberge pour une excursion d'une journée au parc national Cajas. L'endroit est célèbre pour ses paysages marron-verts et ses nombreux lacs. En effet, il est considéré comme le parc national ayant la plus grande densité de lacs au monde. Mais Cajas est également connu pour être froid et humide, et la météo ne nous gâte pas. Nous arrivons au refuge et apprenons que seul un des sentiers est ouvert. Il fait le tour du lac principal, juste devant le refuge. Un lac que nous pouvons à peine apercevoir à travers la couche épaisse de brouillard. Quoi qu'il en soit, nous partons pour la petite randonnée, profitant de quelques éclaircies, puis nous nous dirigeons vers le bâtiment pour nous réfugier près de la cheminée.

Au cours de l'ère coloniale, des scientifiques Français ont été envoyés en Équateur afin de prendre des mesures et essayer de localiser un méridien. Ils se sont installés à Cuenca et plus tard, l'architecture et la décoration Françaises sont devenues populaires dans la ville


Quoi qu'il en soit, je dirais que ma visite de l'Equateur a été riche, car j'ai vu l'un des trois paysages célèbres du pays, et c'était quelque chose de nouveau pour moi. Et plus important encore, j'ai fait la rencontre d'un peuple unique, riche en différences et vêtu de tenues typiques


Cuenca est encore une ville que je dois quitter, l'Equateur encore un pays. Mon temps ici a été court et pourtant ce qui m'attend pourrait l'être encore plus. C'est le prix que je dois payer pour mon aventure avec la Colombie.

Quoi qu'il en soit, je dirais que ma visite de l'Equateur a été riche, car j'ai vu l'un des trois paysages célèbres du pays, et c'était quelque chose de nouveau pour moi. Et plus important encore, j'ai fait la rencontre d'un peuple unique, riche en différences et vêtu de tenues typiques. Cela me donne l'impression que l'Équateur a une identité bien à lui et je peux dire maintenant: je comprends pourquoi 'Equateur' est un nom que j'ai souvent entendu.

Il y a beaucoup de choses que le voyage m'a appris jusqu'ici, l'une d'entre elle étant qu'un voyageur n'est rien de plus qu'une personne avec un sac sur le dos. Oui, elle apprend peut-être quelques-uns des nombreux secrets du monde, mais elle n'est vraiment qu'une personne avec un sac sur le dos. Et ce sac, il emporte forces et faiblesses aussi. Les espoirs et les pièges qui le suivent dans les endroits les plus reculés du monde, je peux vous assurer. Et dans ce contexte, l'Équateur a été mon refuge. Après les hauts et les bas de la Colombie, pour tout ce à quoi j'ai dû faire face, et pour l'intensité avec laquelle j'ai aimé le pays, je l'ai quitté avec une promesse simple à moi-même: que je repartirai du bon pied. Pour cela, je serai toujours redevable à l'Équateur et aux personnes que j'ai rencontrées ici.

L'Équateur m'a montré la beauté naturelle à laquelle je m'attendais, tout comme il m'a surpris par son histoire riche. J'ai appris quel lieu stratégique il a été pour les conquistadores, comment ces derniers ont forcé les peuples autochtones à se convertir à une religion différente, et comment les opprimés ont intégré l'or et d'autres symboles dans les représentations Chrétiennes afin que leurs croyances survivent secrètement. J'ai eu un aperçu du contexte politique Équatorien et son fameux changement de devise pour le dollar au début du nouveau siècle. De manière générale, je pars maintenant avec le sentiment que j'ai vu ici un véritable mélange de personnes et de nature. Je ne doute pas une minute que l'Équateur fait face à ses propres défis liés à l'empreinte humaine, mais j'ai ressenti une véritable considération pour la nature ici. Ou du moins, j’ai ressenti une réelle conscience.

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