CHAPITRE QUATRE

MAITRE DU DEGUISEMENT

Chine

Nous faisons équipe pour une randonnée le long de cette belle portion non restaurée du plus grand mur jamais construit. Nous progressons le long de ce mur qui saute d’une colline à l’autre, et admirons cette merveille de la création humaine


Une bousculade. Simple bousculade qui me ramène à la réalité. Ma pause bien élevée au Japon arrive à une fin abrupte alors que je monte à bord du métro à l'Aéroport International de Pékin. J'ai traversé cet aéroport, qui a été construit si imposant, bien que son mélange de gris et de rouge délavé lui donne une triste aura.

Je trouve mon chemin à travers un nuage de pollution, jusqu’à une auberge au cœur d'un Hutong, ou rue résidentielle. À première vue, Pékin est peu inspirante. Elle me donne un aperçu de la Chine moderne, que je soupçonne être l'emblème du vite-fait mal-fait. Les rangées de bâtiments délabrés sont copiées/collées le long de rues chargées dans un souci de loger un maximum de personnes, et de grandes avenues affichent des bâtiments d'affaires qui semblent être construits afin d'impressionner, mais sont probablement en partie vides. J'explore le centre-ville en quête de cafés ou de repas, et je finis dans les nombreux centres commerciaux inévitables. Je me persuade de ne pas accorder trop d'attention à cette première impression et de donner une chance à Pékin.

Ma première visite me conduit au temple Lama, l'un des principaux temples Bouddhistes du pays. Pour un moment, j'apprécie l'architecture Chinoise ancienne, aussi bien que les statues impressionnantes de la salle de culte. Dans la cour, les gens brûlent de l'encens et font rouler les roues de prières. Plus tard, je décolle pour un déjeuner de Hot Pot que je gâche en demandant végétarien et non-épicé. Quelle offense!

Le lendemain, je me rends à l’incontournable Cité Interdite. Je passe quatre heures à explorer l'immensité de la cité ancienne, qui abritait les élites des nombreuses dynasties Chinoises. Je passe d'un palais rouge à l'autre, naviguant dans la foule que les horaires d'ouverture ne permettent pas d'éviter. Les nombreux palais, temples et jardin sont envahis par les touristes et une quantité folle d'écoliers baigne dans un nuage de pollution. Heureusement, je trouve refuge en explorant les palais en bordure de la cité, où j’apprend beaucoup sur les nombreux objets que les dynasties ont transmis au long des siècles.

Dee, un jeune Indonésien que j'ai rencontré à Pékin, m'accompagne dans une ruelle où sont vendues des spécialités. De la nourriture pour la plupart. Nous nous aventurons plus loin que les scorpions frits et les tarentules pour trouver des collations plus amicales. Nous luttons à comprendre la nourriture étrange et les listes de prix indéchiffrables que les vendeurs pointent du doigt impatiemment, lorsque nous posons des questions. On nous jette l’argent au visage lorsque nous donnons trop de billets, et nous sommes réprimandés de manière agressive. Les quelques échanges que nous avons avec les locaux sont déplaisants, et j'ai le sentiment que les gens font de leur mieux pour être hostiles. Je me dis que Pékin est tout simplement fidèle au stéréotype d'une capitale, surtout dans les zones touristiques.

Je m'enfuis pour un voyage de quatre jours au Nord. Gubeikou, une petite ville où je vais faire de la randonnée le long de la Grande Muraille, et j'espère rencontrer des gens plus accueillants. Je descends de l'autobus dans une partie de la ville qui a un air mi-militaire, mi-industrielle; où les camions s'arrêtent pour une pause avant ou après avoir traversé le poste de police. Les gens semblent plus sympathiques cependant, et je m'arrête dans un bar où l'on m'offre une virée bon marché vers l'auberge. Nous roulons par dessus la colline, au travers du village antique peu inspirant, et jusqu’à une vallée où un village réside paisiblement. C'est là que se trouve la maison d'hôtes vide. Pendant les deux jours qui suivent, je fais mes bonjours et aurevoirs au couple qui dirige la maison d'hôtes et aux parents de la femme qui m'envoient des sourires en jardinant. Je fais les six kilomètres aller-retour jusqu’à l'épicerie de la ville, où j'achète chips et autres biscuits. Ma seule option pour le déjeuner. Je me dis que les voyages au magasin sont un bon échauffement avant de conquérir la Muraille. Les vents de la nuit m'offrent une deuxième journée sans pollution. Je marche vers une entrée discrète que la dame de la maison d'hôtes m'a indiqué, et rencontre un pompier Européen en le chemin. Nous faisons équipe pour une randonnée le long de cette belle portion non restaurée du plus grand mur jamais construit. Nous progressons le long de ce mur qui saute d’une colline à l’autre, et admirons cette merveille de la création humaine. Plus tard, nous parcourons vallées profondes et potagers jusqu'à atteindre Jinshangling, où nous nous séparons. Mon partenaire d'aventure éphémère prévoit de dormir sur le mur et de progresser plus loin sur la section touristique restaurée, je vais retourner au village et préparer mon voyage de retour à Pékin.

C'est avec des sentiments mitigés que je retourne à la capitale. La ville a tellement plus à me montrer, mais elle ne m’a pas bien traité jusqu'à présent. Je décide de prendre l'option facile et de ne pas m’aventurer plus loin que les murs de la vieille ville. Pour ma dernière soirée, Dee propose de me conduire à un joli petit restaurant où un barbecue Chinois me fait des excuses Pékinoises.

"Une nuit avant le Sichuan!" - Je me dis, à bord du train pour Chengdu. Je suis assis face à une femme d’une trentaine d'années qui m'aide à mettre la main sur un repas végétarien. La femme douce entame une conversation et j'apprends qu'elle est mère Sichuanaise qui travaille pour le gouvernement à Pékin. Le train la conduit vers ses parents et sa fille. Il n'est pas surprenant pour des grands-parents Chinois de garder leurs petit-enfants, et les familles sont en général assez proches, mais je ne peux pas m'empêcher d'être surpris par l'élément géographique dans ce cas. Elle m’explique avoir arrangé une évasion hivernale pour sa fille en raison du pic habituel de pollution à Pékin. C'est indéniablement un noble sacrifice, et je me demande si quelqu'un serait prêt à le faire, d'où je viens. La conversation progresse vers la politique de l’enfant unique qui autorise désormais deux enfants et finalement, nous nous souhaitons bonne nuit. Et adieu. La jeune femme m'a fait faire la paix avec la Chine à nouveau, et une fois à Chengdu je me rends compte que je ne connaîtrai jamais son prénom.

Je quitte le métro de Chengdu pour une autre rue polluée, mais j'ai été averti que la ville ne serait pas mieux que Pékin à cet égard. Par la fenêtre d'un bus local, j'observe une ville qui a l'air toutefois différente. Les quartiers modernes sont aménagés d'une manière plus esthétique, et ils semblent cohabiter avec le côté plus traditionnel de la ville. D’une première impression, il semble que les urbanistes ont travaillé plus attentivement à développer une architecture saine.

Finalement, j'arrive à un quartier tibétain infesté par la police, où se trouve l'auberge. De là, je commence à explorer la ville et ses célèbres rues anciennes -ruelles piétonnes à touristes où restaurants et boutiques côtoient de petits opéras Sichuanais. En observant les jeunes hommes et femmes en costumes traditionnels qui invitent les passants aux spectacles d'opéra, je fais de belles promenades dans de charmantes rues et me demande quand même si j'aurai la chance de sortir des sentiers battus et de voir une Chine plus authentique.

Chengdu s'avère être une ville agréable. Les gens de Sichuan équilibrent de durs jours de labeur avec des parties sans fin dans les nombreux cafés à Mahjong. Ils semblent avoir un style de vie détendu, et échangent des bavardages souriants, le dimanche matin dans les maisons de thé.

Par un matin froid, je rencontre un couple à la gare routière où je dois prendre un bus pour Leshan. Le jeune homme me demande si je sais où est le bus, s’en suit une journée ensemble. Nous nous dirigeons vers le Bouddha Géant de Leshan, et le couple m’aide à déchiffrer les informations qui nous sont données exclusivement en Chinois. Je reste avec les tourtereaux pour une visite de l'impressionnant monument: un Bouddha de soixante-dix mètres de haut sculpté dans la montagne, le long de la rivière. Nous progressons plus loin, à travers un village de pêcheurs et au delà des anciens tombeaux creusés dans la montagne. Nous continuons au dessus d’un petit pont et vers une colline, jusqu'à ce que nous tombions sur un charmant temple caché, où des statues célèbrent chacun des moines ayant vécu ici au cours des derniers siècles. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons pour un déjeuner rapide à base de nouilles froides, et j'en apprends plus sur le couple: elle s'appelle Jiamin et lui JiaJie, un couple adorable du Sud-Est de la Chine. Ils travaillent pour la même banque, et vivent à trois heures de route l'un de l'autre. Nous restons ensemble pour la journée, et pour un dîner qu’ils me proposent de partager. Ils veulent me faire découvrir la nourriture de Hong Kong, et nous terminons la soirée avec une bière dans un bar à concert. Grâce à cette rencontre, je fais la paix avec la Chine. Je n’en crois pas ma chance d’avoir rencontré des gens avec de si bons cœurs. Des gens qui n’ont pas hésité à sacrifier une journée de leur escapade romantique pour aider un étranger et s’en faire un ami..

Malheureusement, mon exploration de Chengdu finit sur un hic, alors que je visite le Centre de Reproduction des Pandas. Malgré la noble cause et le succès du centre, je ne peux pas m'empêcher d'être attristé par la foule de touristes inconsidérés, ignorant les signes et hurlant en présence des animaux qui prospèrent habituellement dans des environnements silencieux. Je subit une demi-heure à trouver les pandas et trouver la sortie, et je pars avec le sentiment coupable que le tourisme de masse détruit tout.

Chengdu s'avère être une ville agréable. Les gens de Sichuan équilibrent de durs jours de labeur avec des parties sans fin dans les nombreux cafés à Mahjong. Ils semblent avoir un style de vie détendu, et échangent des bavardages souriants, le dimanche matin dans les maisons de thé

Xin Min et He sont mes nouveaux alliés Chinois, suivant mon voyage et s'assurant que tout se passe bien. Je réfléchis à telle gentillesse. J'ai rencontré de si bons coeurs en Chine, et pourtant les réactions que je reçois de l'Occident sont pleines de réticences et de stéréotypes


A bord du train de nuit pour la région du YunNan, je complote pour obtenir un repas sans poisson à nouveau. Cette fois-ci cependant, je ne rêve même pas d’obtenir un repas sans viande. Entre la quasi-omniprésence de la viande dans la cuisine Chinoise, et mes difficultés à me faire comprendre, mon régime végétarien est plus ou moins passé par la fenêtre. Nous avons fait un bon bout de chemin, mais la fête est terminée, par ici le poulet! Je cible un jeune homme qui m'a trouvé à la recherche d'eau bouillante plus tôt et m’a indiqué le robinet. Pour une raison quelconque, je suppose qu'il parle anglais. Quand je lui lance une phrase, il est perplexe et saute instantanément sur une application de traduction. Après s'être occupé de moi et s’être assuré que j’obtienne mon repas sans poisson, l'homme se présente en tant que He et me propose une conversation tardive via traducteur. Il explique être du Sichuan et être en route pour Panzihua pour le travail. Finalement, l'ambitieux jeune homme et moi nous souhaitons bonne nuit, il déclare son cœur être ravi de notre rencontre. Si un jour je retourne au Sichuan, il m'aura comme invité et s’assurera que je passe un bon moment. Une chose est sûre, je suis maintenant loin de Pékin, en distance et en personnes.

Je m'arrête à Dali pour une pause détente de deux jours. Je trouve l'auberge au coeur de la ville ancienne et réalise vite que Dali est un aimant à touristes. La vieille ville est une ruche de restaurants et boutiques, qui achève mes espoirs d’explorations. Au lieu de cela, je décide de prendre un court congé avant Lijiang. Le tourisme de masse inondant Dali est principalement d'origine Chinoise, et je passe deux jours solitaires -bien que relaxants- en l'absence de langue Anglaise. Pourtant, je parviens à faire connaissance avec un étudiant de vingt-deux ans qui vend du yaourt dans un petit magasin. Son nom, que je trouve merveilleux, est Xin Min. Nous échangeons contacts et il promet de me donner des conseils sur le YunNan. Xin Min et He sont mes nouveaux alliés Chinois, suivant mon voyage et s'assurant que tout se passe bien. Je réfléchis à telle gentillesse. J'ai rencontré de si bons coeurs en Chine, et pourtant les réactions que je reçois de l'Occident sont pleines de réticences et de stéréotypes.

Le temps est venu pour moi de passer à Lijiang. Je me dirige vers la ville et sa cité ancienne, classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Mon plan est d’y passer une journée, partir pour une randonnée de deux jours dans les Gorges du Saut du Tigre, et revenir pour quatre jours. J'arrive à une charmante auberge dans une des rues traditionnelles, juste à l'extérieur de la cité ancienne. L'homme à la réception, qui dirige l'auberge à lui seul, semble désabusé. J’entame une conversation qui dérive vers mon plan pour la semaine à venir. Instantanément, il me conseille d'oublier mes quatre jours à Lijiang. "Pour que le directeur de l'auberge me conseille de ne pas revenir ..." -Je me dis. Je l'interroge un peu plus et il m’explique comment, au cours des dix dernières années, la gentrification a chassé le peuple Naxi et la vieille ville s’est transformée en une version fausse de l'architecture Naxi.

Le lendemain, je n'ai pas d'autre choix que d'admettre qu'il avait raison. Je marche le long de rues envahies d’hôtels, restaurants et boutiques. Un Disney Land à la Chinoise. J'explore la cité ancienne au premières heures du jour pour esquiver les ridicules frais d'accès. J'accède à une colline, au travers d’une charmante partie de la ville. J'essaie de trouver un point de vue mais les quelques cafés ont fait en sorte que je ne puisse voir la ville qu’en consommant un de leur thé ou café surcoté. Je peux apprécier l'architecture mais je commence à sérieusement me demander si je vais jamais voir la Chine authentique. La culture du tourisme du pays m'interpelle comme une de pratique et de business plutôt qu’une d'expérience.

Je décide de ne pas investir plus que la journée que je suis prêt à offrir à Lijiang, et pars pour une visite rapide d’un village qui a également été endommagé par le tourisme. Les maisons et les rues vous feraient penser que le village est authentique, si ce n'était pas pour les stands de souvenirs devant les maisons et pour les vieilles dames en tenues Naxis qui échangent photos pour de l'argent. Byebye Lijiang!

Mes deux jours de randonnée dans les Gorges du Saut du Tigre commencent sur une route pavée que des camions et des ânes partagent. Bientôt, j’arrive à une maison où une vieille femme vend des fruits et des snickers tandis que l’enfant de deux ans observe les randonneurs. J'achète des fruits et je salue l'enfant qui sourit alors. La dame m’indique la direction d'un petit de chemin de terre qui grimpe vers la montagne. Sans hésiter, je m'aventure sur la piste pour une randonnée qui va tester mon endurance. La piste est abrupte et traverse des champs où ânes et vaches broutent tranquillement. Je progresse à travers des forêts de pins où les locaux ont organisées de petites étales pour vendre de l'eau et des collations. Ces marchands spontanés, ainsi que les quelques hommes à cheval qui parcourent la montagne en quête de touristes fatigués, essaient de se faire de l'argent grâce à la magnifique randonnée. Quand je refuse leurs offres, ils pointent des paquets d’herbe vers mon visage et s'écrient "Ganga ?!"

Je m'arrête déjeuner au premier village, où l'hôte me court après avec un billet de cinq yuans, parce que "le thé est gratuit!" La randonnée à travers les villages va s'avérer très différente des zones touristiques, je le sens déjà. Dans l'après-midi, j’avance plus loin sur la piste, et grimpe les «vingt-huit virages» qui sont une véritable marche de rédemption! J'emprunte les zigzags sans fin de la montagne, et atteint une section plus élevée de la randonnée. Je profite maintenant de vues à couper le souffle le long de creuvasses intimidantes, sur ces falaises qui pourrait s’avérer fatales pour une personne maladroite. La «marche de la rédemption» est désormais moins éprouvante, et le pèlerinage solitaire m'invite à réfléchir. Je fais le point sur le voyage et réalise que le fait d’être seul en Chine s'est avéré plus facile que j'avais prévu. Pour un court instant, je soupçonne être devenu émotionnellement plus indépendant, mais réalise vite quelque chose de crucial: nous ne sommes jamais émotionnellement indépendants. Nous avons besoin des autres. En étant loin de mes proches ici en Chine, mon cœur n'a-t-il pas rebondi d'une personne à l'autre, créant des liens inattendus et spéciaux? Je pense à Ye, un jeune homme que j'ai rencontré à Chengdu pendant une longue après-midi à discuter culture et politique Chinoise, entre droits de la communauté LGBT et politique de l'enfant unique, ou encore Tibet. Aurais-je été aussi engagé si je l'avais rencontré, ou Dee, Jiamin, JiaJie, He, Xin Min... quand je n'étais pas livré à moi-même?

J'atteins le cap des quatorze kilomètres plus tôt que je ne m'y attendais. Je vais faire une pause pour la nuit, dans un village de cette haute vallée. Je m'aventure pendant un moment, pour observer les villageois qui travaillent dans les champs. Quand je reviens, deux Australiens et un Canadien sont arrivés à la pension et partagent ma chambre. Ce sont les premiers occidentaux avec lesquels je passe un moment depuis Pékin, et ce soir j'oublie de leur demander leurs prénoms. Fascinant comme plus je voyage, moins je demande le prénom des gens. Comme si le voyage avait dépassé le stade des noms, vers quelque chose de libre et d'éphémère.

Le soleil vient juste d'apparaître derrière la montagne quand je prends le départ pour la partie restante de la randonnée: huit kilomètres jusqu'au creux de la gorge et quelques supplémentaires pour revenir à la route. Après près de deux heures, j'arrive à la route d’où je prendrai un bus pour Zhongdian plus tard. De là, je m'aventure vers les falaises qui longent la rivière. Le torrent sont extrêmement puissants et bruyants. Je suis la piste en amont, jusqu'à une partie de la gorge où des locaux bloquent les nombreux chemins et ponts, affirmant que je dois payer le passage. Quoi qu'il en soit, je profite de l'endroit, où l'impressionnant Rocher du Saut du Tigre se trouve. La légende veut qu’un tigre fut aperçu alors qu’il bondissait des berges au rocher.

Après un moment, j’embarque pour la dernière partie du voyage: une ascension crevante sur la face la plus escarpée de la gorge. J’emprunte ‘l'échelle du paradis’, qui n'est pas pour tout le monde, et atteint la route. Je m'arrête dans une petite maison d'hôtes où un homme âgé sert le déjeuner tout en portant un bébé sur son dos. Finalement, j'arrive à l’auberge d'où les bus partent. Là, je rencontre mes camarades de chambre de la nuit précédente. Les Australiens s’appellent Peter et Blake, le Canadien Mark.

Je m'arrête déjeuner au premier village, où l'hôte me court après avec un billet de cinq yuans, parce que "le thé est gratuit!" La randonnée à travers les villages va s'avérer très différente des zones touristiques, je le sens déjà

Je me sens reconnaissant pour Zhongdian. Elle, et plus précisément ses environs, m'a ouvert une porte longtemps espérée sur la Chine vraie. Un goût de l'authentique et, qui plus est, une rencontre avec le peuple Tibétain et sa culture


Je me joins à Mark et Peter à bord du bus pour Zhongdian. Ils vont prendre un bus le lendemain plus au nord, je vais passer quelques jours à explorer la ville et ses environs. Zhongdian -renommé Shangri-La dans le but d’attirer les touristes - est une préfecture de la région autonome du Tibet dans la région du YunNan. Les habitants de la ville sont en partie Naxi, en partie Tibétains et comprennent d'autres ethnies. La campagne environnante est entièrement Tibétaine.

Après une courte nuit dans une auberge bruyante, mes compagnons de voyage éphémères se dirigent vers la station de bus, moi pour une auberge dont j'ai entendu parler. Elle est située dans la partie de la vieille ville qui a été épargné de l'incendie de deux ans auparavant, ou a déjà été reconstruite? Dans tous les cas, il est vite apparent que la ville est en transition. Je demande mon chemin à la population locale qui semble aussi confuse que je suis avec les noms de rue. Finalement, je tombe sur un groupe de Tibétains d’une vingtaine d'années qui me saluent. Deux d'entre eux m'offrent de m’accompagner à l'auberge, bien qu'ils semblent se perdre aussi. Ils ont un avantage sur moi et demandent des indications aux marchands en Chinois. Je profite de la recherche pour entamer une conversation. Le plus débrouillard en Anglais se prénomme Nell, il a vingt-trois ans. Il a grandi en Inde et est retourné à Shangri-La il y a un an seulement. Le second est Kunga, un local de vingt-deux ans né en Inde, mais qui a grandi ici. Il est à la fois plus timide et plus taquin. La paire de serveurs lutte pour trouver le chemin, mais ne montre aucun signe d’abandon. Leur persévérance paye enfin et nous trouvons l’auberge, à une rue seulement du lieu de notre rencontre. Nous nous disons au revoir et acceptons de nous retrouver pour une bière. Sans aucun doute, la bière de Shangri-La!

Après m'être installé à l'auberge et m'être allégé de quelques affaires, je commence à découvrir la vieille ville et son imposant temple central. Je m'émerveille de cet aperçu de la culture Tibétaine, et m'aventure sur les collines entourant la vieille ville, à la recherche d'un point de vue. J'arrive au temple Baiji où il n'y a pas de traces de moines, mais un chien me salue. Après un moment, je décide d’approfondir ma découverte de la culture Tibétaine au musée, bien que l’unique salle d'exposition ouverte me montre une version Chinoise de la culture Tibétaine avec l'arrivée glorieuse de l'armée rouge.

Le lendemain, mon plan est de visiter le monastère de Songzanlin, le plus grand du sud de la Chine, et ensuite entreprendre un trek spontané vers le lac Napa. Là-bas, j'espère trouver une modeste pension pour la nuit. Je marche vers le monastère, qui est sujet à des frais d’entré ridicules. Quoi qu'il en soit, je décide d'explorer cette endroit spécial, qui repose fièrement sur le flanc d'une petite montagne. Le monastère a été - et est - soumis à d’importantes rénovations, mais cela ajoute au charme de l’endroit: un bloc spirituel blanc sous or et soleil. Je me perds gaiement dans les allées étroites, espérant rencontrer quelques-uns des six cents moines qui résident ici. Cependant, les quelques rencontres que je fais sont assez décevantes. Les moines semblent frustrés par les visiteurs entrant dans leurs territoires, ils donnent des regards désapprobateurs. Lorsque j’appercois un Moine bouddhiste Tibétain frapper un touriste au visage pour avoir ignoré le signe «pas de photos», je décide qu'il est temps de partir avant que mon image du Tibet soit à jamais ruiné.

Quittant le monastère, j’arpente les montagnes qui séparent le lieu saint de la ville. J'évite un yak ici et un yak là, en avant vers les drapeaux de prière et jusqu'à l'autre côté, qui est plus raide que j'avais prévu. Plus têtu que jamais, j’entame une lente progression et descend vers une plaine herbeuse. La plaine est large et plus marécageuse que je pensais, je la franchis avec difficulté et atteins un petit village. Le village qui mène vers la route principale, et de l’autre côté je peux enfin voir le lac. Je traverse plus de prairies et atteint un autre village sur le bord du lac, pour réaliser que la direction que j'avais prévu de prendre est bloquée. La route est sous l'eau à cette époque de l'année, et je devrais aller beaucoup plus loin pour rattraper la route autour du lac. Ce ne sera pas une option fiable car la journée a bien avancé et je ne suis pas sûr de trouver un logement sur l’autre rive. Je décide qu'il est plus sûr de revenir à Zhongdian pour la nuit, mais j'ai un peu de temps pour marcher autour du village. Deux garçons, de onze et douze ans, décident de me montrer la colline du village où je profite de superbes vues sur cette partie mineure du lac. Je partage avec plaisir mes cookies avec eux et j'apprends leurs prénoms, même si ils m'échappent. Ils vont chercher un ballon de basket et nous passons un moment à jouer autour du terrain de basket-ball dégradé. Plus tard, je décide de partir, et à la sortie du village je rencontre l’homme le plus Tibétain que je puisse imaginer.

Le lendemain, mon dernier jour à Shangri-La, je me réveille avec une soif d'expériences Tibétaines authentiques supplémentaires. Je me dirige vers le nord de la ville et fais du stop pour les trente kilomètres qui mènent au village de Nixi. Je descends la route en «S» sans fin menant dans cette profonde vallée, célèbre pour ses villageois qui font de la poterie noire. Les vestiges de la poterie remontent à deux mille ans dans ce village, qui est par miracle encore à l'abri du tourisme de masse. Je me promène sur la route et le long des rues, parmi les villageois et les vaches. Après un moment, une vieille dame que j’interroge m’indique une maison où un homme me montre fièrement son atelier. Le reste de l'après-midi est une ballade entre le village et les champs, essayant de communiquer avec les villageois ou d'approcher des petites vaches.

Ma dernière soirée à Zhongdian arrive et il est temps de rejoindre Nell et Kunga. Je leur propose de se rencontrer pour la bière Shangri-La que je n'ai toujours pas gouté. Cela s'avère être l'occasion idéale pour en apprendre plus sur leur vie et avoir un regard intérieur sur la culture Tibétaine. Ils forment un sacré duo et je passe un moment vraiment agréable. Quand vient le temps de se dire au revoir, je suis invité à revenir et à être pris en charge. Je retourne la proposition et ajoute que je n'oublierai pas comment ils m’ont aidé.

Dans le bus, prêt à revenir à Lijiang pour une correspondance en train, je me sens reconnaissant pour Zhongdian. Elle, et plus précisément ses environs, m'a ouvert une porte longtemps espérée sur la Chine vraie. Un goût de l'authentique et, qui plus est, une rencontre avec le peuple Tibétain et sa culture.

Je regarde par la fenêtre d'un train qui m’emporte vers le sud. Le paysage évolue vers de plus vertes nuances, au fur et à mesure que nous nous éloignons de Kunming. Kunming, la ville au printemps éternel ... Je m’y suis arrêté pour quelques jours de repos sous des pluies qui n’avaient rien de printanier.

La météo, ainsi que mon désir d'être bien reposé pour ma prochaine aventure, m'ont invité à procrastiner. J'ai passé quatre jours peu productifs à régler quelques affaires. Ma seule visite a été au Musée des Nationalités, où j'en ai apprit plus sur les vingt-six groupes ethniques qui peuplent le YunNan.

Lors de mon dernier soir à Kunming, un message de He. “Tu quittes la Chine demain?” -il demande. Je réponds que oui, et va-t-il m'oublier? Il me retourne la question.

Je repense maintenant à mes premiers jours en Chine, et l'impression que Beijing m’a donné. Je me souviens avoir regardé les bâtiments imposants du quartier d’affaires, ou emprunté les innombrables centres commerciaux, et pensé que «la Chine est un maître du déguisement». Où était la Chine vraie?

Je pars aujourd'hui avec un sentiment d'humilité. Je peux difficilement dire que je connais la Chine, au delà des quelques endroits que j'ai vu et des quelques gens que j'ai rencontrés. J'ai parcouru une petite partie du pays et de sa culture, pour le meilleur et pour le pire, de sourire en bousculade, et dans l'espoir que ce maître du déguisement fasse tomber le masque du tourisme.

La Chine vraie est là, quelque part, et nos chemins se sont parfois croisés. J'ai réalisé qu’elle est seulement timide. Elle se cache dans quelques ombres, consciente de la puissance et du mépris que le monstre du tourisme Chinois peut avoir et montrer. Bien que, si vous y réfléchissez à deux fois, la Chine vraie est plus que de simples visites authentiques chez la population locale. On la trouve dans le bon coeur d'un jeune homme du train de nuit, ou simplement dans le sourire d'un étudiant qui vend du yaourt.

La Chine est un géant unique et ambivalent. Elle vous tournera le dos une minute, deviendra une amie la suivante. Vous explorerez ce territoire diversifiée, en gardant à l'esprit que, parfois, vous voyez et apprenez ce que la Chine veut que vous voyiez et appreniez. En étranger, vous vous trouverez face à face avec une politique plus que douteuse, et pourtant vous trouverez des gens incroyables qui prospèrent malgré tout.


J'ai parcouru une petite partie du pays et de sa culture, pour le meilleur et pour le pire, de sourire en bousculade, et dans l'espoir que ce maître du déguisement fasse tomber le masque du tourisme

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