CHAPITRE TREIZE

BLEU SANS FIN

Bolivie

Un sandwich aux œufs et trois heures de route plus tard, nous atteignons enfin le parc, au pied du mont Sajama. Dès que je sors du bus, je suis escorté par une dame âgée qui, ayant demandé qui avait ou n'avait pas réservé d'hébergement, m'a informé que je devais dormir chez elle. OK


J'ai longé Titi Kaka et je suis entré en territoires Boliviens, jusqu'à La Paz où je fais un arrêt pour la nuit. Dans la matinée, je prends un bus pour Patacamaya, où j'essaye de trouver le mini-van pour le parc national Sajama. "Devant le restaurant Capitol," m'a-t-on dit. Rapidement, je trouve le restaurant vide en rénovation et cherche parmi les innombrables mini-vans garées le long des trottoirs ou sur la route. Sacré désordre.

Un sandwich aux œufs et trois heures de route plus tard, nous atteignons enfin le parc, au pied du mont Sajama. Dès que je sors du bus, je suis escorté par une dame âgée qui, ayant demandé qui avait ou n'avait pas réservé d'hébergement, m'a informé que je devais dormir chez elle. OK.
La chambre, avec sa porte métallique et sa mince fenêtre, promet une nuit froide sur le plateau. On m'a dit que la température tombait habituellement à zéro. La dame, elle, m'assure que je n'aurai pas froid. Elle me montre les nombreuses couvertures sur le lit et me propose un bon prix. Je dépose mon sac et me promène dans ce village désolé. Il ne faut pas longtemps pour qu'un local me tape la conversation. Nous parlons des sources thermales, qui sont selon lui à une demi-heure de marche. Il doute que je puisse faire l'aller-retour avant la tombée de la nuit, mais j'ai déjà fait mes calculs. J'ai deux bonnes heures devant moi!
Je quitte Pueblo Sajama au milieu de buissons d'or et d'innombrables Lamas/Alpagas qui lèvent la tête pour observer qui est en train de passer. Je profite d'une vue imprenable sur le parc, entouré de montagnes et de volcans enneigés. Je suis là depuis à peine une heure mais je sais déjà que Sajama compte parmi les plus beaux paysages que j'ai eu la chance de voir cette année.
C'est beau, et je pourrais vraiment passer des heures à tout contempler, mais cela fait maintenant plus d'une heure que je marche et les sources chaudes apparaissent enfin, au loin. "Aucun chance d'y arriver aujourd'hui" -Je me dis, et je décide de retourner au village où j'entame une conversation avec la femme de la maison d'hôte, Constancia. Elle me parle de la vie dans le village, et me dit que la vie n'a pas toujours été clémente avec elle. Elle est très pieuse et insiste sur sa foi en Dieu. Les gens du village, explique-t-elle, croient en Pachamama, la déesse mère des Andes, ou sont Chrétiens.

Le lendemain matin, sur l'avis de Constancia, je pars pour une randonnée d'une heure et quelques jusqu'aux geysers. Mieux vaut ne pas me donner l'ambition de marcher aussi vite que les habitants, habitués à une altitude de quatre mille deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Ça prendra le temps que ça prendra.
La promenade est ardue, car même si je n'ai pas souffert du mal d'altitude, je sens que mes efforts physiques sont plus exigeants. Je me retrouve à court souffle simplement en marchant, et je dois constamment me dire: "respires plus." Lorsque je m'assieds, me lever me donne des vertiges. Et encore plus étrange, alors que je marche, mon corps est soudainement pris de vagues de fourmillements. "Respires, respires."
Finalement, j'arrive aux geysers qui alimentent la vallée en eaux volcaniques. Les piscines naturelles bouillent d'eau chaude, qui s'écoule dans la rivière et refroidi avant d'atteindre le village. Je profite de l'endroit pendant un moment, faisant attention à ne pas respirer trop de soufre, et je me décide à repartir pour la marche d'une heure et demi. Hey, ils n'étaient pas si loins de la vérité cette fois-ci!
Mon retour au village me permettra de visiter les sources chaudes dans l'après-midi. Je prends les petites collations que j'ai pu trouver dans un petit magasin, faute d'options pour le déjeuner, et je me lance pour une randonnée sous un soleil de plomb. Trente degrés ou plus au dessus des températures nocturnes. Je marche et marche, pour ce qui se révèle être une heure et demie, pas une demi-heure, et finalement j'atteins les eaux thermales où je m'offre un repos bien mérité.
Sur le retour, je remarque quelque chose qui m'avait échappé jusqu'alors, peut-être à cause de ma recherche d'oxygène. La plupart des buissons près de la route sont remplis de déchets. Quel dommage. Et dans un parc national, en plus! Je repense à un arrêt que nous avons fait avec le bus, sur les rives Boliviennes de Titi Kaka. J'ai lu une affiche indiquant "S'il vous plaît, ne pas jeter les ordures par terre" et, ne trouvant aucune poubelle aux alentours, je me suis demandé si la Bolivie allait être encore un pays faisant face à des problèmes liés aux déchets.
Sur le chemin du village de Sajama, je ramasse le peu que mes mains me permettent de transporter et je jette le tout correctement une fois à la maison d'hôte. Constancia partage mes préoccupations. Elle explique que les touristes Boliviens doivent encore adopter une meilleure approche quant à leurs ordures. La faute des gens du pays, dit-elle. Je ne suis pas sûr de souhaiter disculper mes camarades étrangers si facilement, mais je peux comprendre son point de vue. Donc, je pourrais avoir raison et le pays aurait-t-il un problème avec le comportement de sa population en matière de déchets? Une chose est sûre, qu'elle ait raison ou tort, au moins avec Constancia, je n'ai pas à me sentir honteux. C'est un changement qui est le bienvenu.

Le départ de Sajama a été un véritable défi. Le bus m'a récupéré parmi les températures affreusement basses d'un cruel cinq heures trente du matin, sans chauffage. J'ai surveillé l'horizon seconde après seconde, jusqu'à ce que mon ami jaune éblouissant apparaisse pour me réchauffer. Un jour de voyage plus tard, via Patacamaya et Oruro, sur des routes bordées de déchets, j'arrive dans l'air saisissant du soir à Uyuni. Je ne perds pas de temps à trouver un endroit pour me réfugier. En outre, je dois trouver une agence avant qu'elles ne soient toutes fermées et programmer une visite du désert de sel pour le lendemain.

Le lendemain matin, je suis en train de patienter devant l'agence lorsqu'une jeep s'arrête. Je monte pour y rencontrer quatre autres voyageurs: trois sont Coréens, une vient de Taïwan. Nous partons pour le célèbre Salar de Uyuni. En bordure du désert, nous nous arrêtons rapidement dans le dernier village, où nous aurons la chance de "découvrir la culture artisanale." À ce stade, j'ai appris à reconnaître une usine à touriste quand j'en vois une, et je sais que je verrai exactement les mêmes choses dans chacune des boutiques artisanales que j'aurai la chance de croiser dans tout le pays, alors je décide de m'aventurer plus loin dans le village. Dans la vraie vie, où des bus et camion à l'abandon seront réparés un jour, mais en attendant, les enfants jouent autour. Je parle à une femme qui lave son linge dans des bassines. Au coin de la rue, des gens préparent un barbecue. Et Miguel, petit garçon au bonnet Bolivien, erre autour du village à la recherche de camarades de jeu. Je me mêle un moment à ses habitants puis retourne à ma visite organisée plus aveugle.

Après s'être arrêtés pour déjeuner au milieu de ce qui semble être un plat infini de blanc, nous conduisons à Isla Incahuasi. L'île, faite de roche marron et envahie de cactus, est un arrêt agréable pour un petit moment, puis nous partons pour notre prochaine destination: un hôtel en sel. On m'a dit qu'une nuit dans cet hôtel pourrait bien être la plus froide de votre vie, mais la construction est intéressante à voir. Les briques, faites de sel, sont brunes. Étonnamment. Leur surface est rugueuse, elle semble transpirer. A quelques mètres de l'hôtel, nous visitons également un monument sculpté dans des briques de sel. C'est un hommage au rally Dakar de deux mille seize, qui a traversée la Bolivie.

Le jour se termine dans la partie du désert qui contient encore de l'eau. Sous une couche d'eau qui ne doit pas dépasser les cinq centimètres, le sel a pris la forme de beaux cristaux. Et quand je lève la tête, cette partie du désert apparaît comme un miroir géant. Pas un quatre-quatre ne nous attend désormais, mais deux. Un a la tête en bas. "Quelle vue incroyable" -je me dis, en regardant les autres voitures, les gens, les montagnes et l'horizon. Un horizon qui finit par nous faire un cadeau: un coucher de soleil incroyable. Ou dois-je dire, deux couchers de soleil. Un a la tête en bas.

Nous partons pour le célèbre Salar de Uyuni. En bordure du désert, nous nous arrêtons rapidement dans le dernier village, où nous aurons la chance de "découvrir la culture artisanale."

La sixième ville la plus peuplée de Bolivie m'a fait redescendre à deux mille huit cents mètres au-dessus du niveau de la mer. En tant que ville Espagnole importante pendant l'ère coloniale, elle a été organisée en grille. Sans surprise


J'ai affronté le froid d'un bus de nuit pendant huit bonnes heures quand j'arrive finalement à Sucre, la capitale constitutionnelle du pays. Il ne me faut pas longtemps pour trouver un hébergement: un hôtel décent situé juste en face du marché. On m'a parlé du marché et de ses délicieux sandwichs au chorizo. J'ai hâte de les goûter. Quant à l'hôtel, il me donne un premier aperçu de l'hospitalité Bolivienne dont j'ai entendu parler. Le personnel ne semble rien savoir de la ville. Ou plutôt, je soupçonne qu'ils n'ont aucune envie d'essayer de répondre à mes questions. Mais bon, j'ai été chanceux jusqu'à présent. Je peux simplement explorer la ville seul. Sans doute vais-je rencontrer d'autres gens agréable par la suite.

Je passe le reste de l'après-midi à explorer le marché, entre ses célèbres sandwichs au chorizo ​​et ses délicieux jus de fruits. Le lendemain, je décide d'explorer un peu plus la ville mais malheureusement, j'apprends que la plupart des monuments sont fermés. Quoi qu'il en soit, je vais en tirer le meilleur parti. Je parcoure les rues de cette ville coloniale, qui pourrait bien être la plus belle que j'ai eu l'occasion de voir. Plus tard, je me dirige vers le mirador, où des écoliers en pause jouent autour de la place. Je me repose un peu et profite de la vue sur la ville. Je mange des fruits et finalement retourne vers le centre, m'arrêtant pour discuter avec une vieille dame qui vend des mandarines. Je me retrouve sur la place principale pour prendre le café.

Plus tard, je décide de faire des recherches et d'apprendre certaines des choses que j'aurais pu savoir si les monuments n'étaient pas fermés le Lundi. La sixième ville la plus peuplée de Bolivie m'a fait redescendre à deux mille huit cents mètres au-dessus du niveau de la mer. En tant que ville Espagnole importante pendant l'ère coloniale, elle a été organisée en grille. Sans surprise. Plus tard, elle a été rebaptisée en hommage à Antonio José de Sucre, l'homme Vénézuélien qui a menée la lutte pour l'indépendance dans le sud de l'Amérique du Sud, rejoignant son allié Simon Bolivar en Équateur.

À ce stade, je suis habitué à dormir dans des bus, et pourtant, j'ai réussi à manquer mon arrêt. J'ai attendu deux bonnes heures à la gare routière, que le soleil se lève et me permette de marcher jusqu'au centre sans mourir de froid, quand je me rends soudain compte que je ne suis pas à Tupiza. Où suis-je? Quelqu'un m'informe que j'ai manqué l'arrêt et que je suis à Villazon, à la frontière avec l'Argentine. "Je suis censé être ici," je me dis, "mais pas aujourd'hui."

Je prends un mini-van à destination de Tupiza et, un peu plus d'une heure plus tard, j'atteins ma destination: une petite ville au milieu de canyons rouges. Je ne sais pas vraiment quoi attendre de cet endroit moins connu, mais dès que j'ai laissé mes bagages dans un hôtel géré par une dame agréable, je suis décidé à en découvrir davantage. Je ne dois pas aller très loin pour être surpris. Les rues de Tupiza accueillent un défilé, qu'on m'annonce comme la fête de Santo Santiago. La vue et les sons de nombreuses parades semblent envahir chaque coin de la petite ville, les gens font la fête.
Je décide de marcher sur la route principale et d'atteindre une partie de la ville cachée entre deux montagnes rouges. Ce qui m'interpelle vraiment ici, c'est le nombre de chiens errants. Il semblerait qu'en fin de compte je finisse par connaître "l'Amérique Latine envahie de chiens errants” dont on m'a si souvent parlé. Jusqu'à présent ça a été, mais le temps est venu de marcher pierre en main.
Après avoir exploré ce côté de la ville, je passe devant une petite église où certains habitants se sont rassemblés, et continue plus loin hors des rues poussiéreuses. Je passe le long de champs agricoles et monte une colline grise, d'où je peux apprécier un point de vue sur Tupiza. Je profite de l'occasion qui se présente pour faire une pause ici, et terminer la journée sur une note douce. À ce stade du voyage, j'ai intensifié ma consommation de granadillas. Je sais que bientôt je vais rentrer et que je n'aurai plus accès à cette délicieuse cousine du fruit de la passion.

Le lendemain, je prends un bus pour la bordure de la ville, dans l'autre direction. De là, je trouve le petit chemin menant aux canyons. Alors que je me promène sous un soleil matinal de plomb, je peux observer des condors qui font des tours dans le ciel. Je passe devant la Puerta del Diablo -une faille entre deux rochers plats- et j'atteins la profondeur du Cañon del Inca. Le canyon rouge me rappelle certains des paysages de mon enfance, je suppose qu'on est jamais loin de chez soi. Ici cependant, les roches semblent être arrangées avec un équilibre bien étudié.
Je quitte le canyon pour en explorer plus de la petite ville charmante. Partout, je peux voir des femmes avec ce chapeau rond si typique, qui est souvent porté trop petit pour la tête, mais je sais que mieux vaut ne pas les aborder. Les quelques personnes qui m'ont vu approcher avec mon appareil photo m'ont semblé prudentes, mal à l'aise. Sans surprise, les rares demandes de photo que j'ai osé faire ont été rejetées, plus ou moins délicatement, et j'ai rapidement compris que Tupiza ne serait pas l'endroit pour ça. Je dois m'assurer que les images que je prends ne capturent le visage de personne.

Alors que je me promène sous un soleil matinal de plomb, je peux observer des condors qui font des tours dans le ciel. Je passe devant la Puerta del Diablo -une faille entre deux rochers plats- et j'atteins la profondeur du Cañon del Inca

Je ne peux pas prétendre connaître beaucoup de la culture Bolivienne au-delà des personnes que j'ai observé. J'ai goûté à leur nourriture, admiré leurs tenues et les ai observé portant les bébés dans ces célèbres Hawayos. Parfois, ils me souriaient, parfois non. En tout cas, rien ne peut être un prix trop élevé à payer pour les trésors de la Bolivie


Lors de mon dernier jour à Tupiza, je m'arrête dans une pizzeria pour l'internet. Alors que je bois mon café, le propriétaire vient s'asseoir à la table d'à côté. Il s'occupe de son enfant d'un an et entame une conversation. "Tellement fascinant," je me dis, "juste quand je pensais que Tupiza avait été un autre exemple de l'hospitalité limité de la Bolivie, voilà qu'apparait cet homme agréable."

Il est vrai que mes interactions Boliviennes n'ont pas toutes été faciles. Souvent je n'ai pas entendu de 's'il vous plaît', de 'merci' ou de 'pardon'. J'ai été poussé, repoussé, ignoré, et j'ai pour sûr dû faire preuve de compétences en manière de file d'attente compétitive. Tout comme je trouvais que l'Inde "vous pousse d'un côté puis d'un autre," je dirais que la Bolivie peut vous faire serrer les dents à certaines occasions. Jusqu'à ce que vous rencontriez un propriétaire de pizzeria, une dame qui dirige un hôtel, un homme faisant une blague à l'arrière d'un mini-van, ou qui que ce soit pour vous, qui fait que tout en vaille la peine.

Je ne peux pas prétendre connaître beaucoup de la culture Bolivienne au-delà des personnes que j'ai observé. J'ai goûté à leur nourriture, admiré leurs tenues et les ai observé portant les bébés dans ces célèbres Hawayos. Parfois, ils me souriaient, parfois non. En tout cas, rien ne peut être un prix trop élevé à payer pour les trésors de la Bolivie.
S'il y a une indemnité trop élevée pour cette terre à paysages, ce sont les Boliviens qui la paient. Le pays profite de très peu de pluies. Il est baigné d'une lumière presque constante, comme si le destin avait décidé que ces vues étaient trop belles pour être couvertes. Mais peu de pluie amène peu d'eau, et quel prix cruel pour un bleu sans fin.

CHAPITRE PRECEDENT
CHAPITRE SUIVANT

PARTAGER