CHAPITRE HUIT

LE FLOU

Mi-Chemin

Il me semble que j'ai quitté l’Europe il y a une éternité, et pourtant, je suis seulement à mi-parcours. C'est rassurant car que je ne suis pas prêt à tirer le rideaux sur cette aventure. Je m'en vais maintenant pour un monde complètement différent, comme je l'ai fait il y a six mois. Le pas en avant semble différent, je suis différent


Je sais que nous allons atterrir à Miami. Je le sais. Il y a cinq minutes, je n'en étais pas si sûr. Pendant quelques secondes, je ne savais plus où j'étais. Quant au timing, je sais que j’approche de la fin d'un voyage d'environ cinquante-quatre heures via Hong Kong, New York, et de façon inattendue, Miami. À ce stade, j'ai traversé un nombre important de fuseaux horaires et je manque sérieusement de sommeil. Le voyage se transforme en flou.

Assis du côté de l'allée, je prends une minute pour faire le point sur mon voyage en Asie. Comment le continent m’a fait mûrir au cours des six derniers mois. De la première excursion d'autocar en Inde, aux trains de nuit Chinois et bateaux manqués au Cambodge, tout ce qu’il m’a enseigné. Je regarde en arrière vers le mélange entre infrastructures modernes et traditions au Japon, vers les sourires du Vietnam, vers la beauté du Myanmar, et je suis reconnaissant d'avoir vu une partie petite mais importante du continent qui abrite plus de la moitié de la population mondiale. Et les gens, ils sont le point central de mon expérience en Extrême-Orient, car "un voyage est mieux mesuré en amis, plutôt qu’en miles", comme l'a dit Tim Cahill.

Il me semble que j'ai quitté l’Europe il y a une éternité, et pourtant, je suis seulement à mi-parcours. C'est rassurant car que je ne suis pas prêt à tirer le rideaux sur cette aventure. Je m'en vais maintenant pour un monde complètement différent, comme je l'ai fait il y a six mois. Le pas en avant semble différent, je suis différent. Le temps d’un instant, je repense à mon vol vers l’Asie, assis en vingt-cinq-B, ou était-ce C? Je repense à mon départ anxieux, et les nombreuses questions qui m’occupaient l’esprit. Je me sens un homme différent maintenant, pour avoir vues des terres lointaines et ironiquement, parce qu'elles m’ont appris beaucoup de choses sur moi-même. L'Asie a été un professeur, pas seulement parce qu'il m'a offert des valeurs d'unité, mais parce qu'il m'a emmené au loin et m'a permis un regard sur ma propre culture. J'ai observé de grandes cultures, regardé la mienne au travers d’un nouveau prisme, et je peux maintenant peser entièrement les mots de Mark Twain, que "des vues larges, saines et charitables des hommes et des choses ne peuvent être acquises en végétant dans un petit coin de la terre toute sa vie."

C’est marrant comme les choses finissent par marcher. Ou peut-être bien que non, mais qu’on se contente de ce qu’on obtient. Il y a six mois, j'étais assis à bord d’un autre avion et je n’aurais jamais pu imaginer les endroits où j'irais, les choses que je verrais ou les gens que je rencontrerais. J'avais alors plein de questions et je désirais à tout prix trouver ma place dans le monde. Je mentirais si je disais que je l'ai trouvée, même si je suis assez confiant que ma place pourrait tout simplement être ici dans ces chaussures. Quant au reste, je ne le saurai probablement jamais, et n’est-ce-pas parfait?! Ce qui importe vraiment, ce sont les gens. Ce qui importe vraiment, ce sont les valeurs que je choisi et celles contre lesquelles je m'oppose. Je peux seulement essayer d'être quelqu’un de bien, heureux. Et vous savez quoi? Le succès et l'échec sont deux nuances de la même couleur intrigante avec laquelle on repeint ce mot, "ESSAYER". Aucun des deux ne compte si ce n'est ce que vous en faites.

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