CHAPITRE UN

COMBAT/FUITE

A propos

Mon mécanisme combat/fuite s'est enclenché, et j’ai choisi la seconde. J’allais partir et voir le monde. J’ai quitté le travail que j’avais un jour apprécié puis ensuite détesté


Siège vingt-cinq-B. Je me trouve dans un avion prêt à m’embarquer pour un tour du monde d’un an. Mon estomac semble être déchiré entre faim et angoisse.Le livre que ma mère m’a offert pour nos aurevoirs est mon seul refuge. De temps à autres, mes yeux s’aventurent hors des pages et j’aperçois une hôtesse de l’air dont le sourire généreux m'autorise un retour à la réalité de mon siège. Enfin, le moment est venu. Le moment où une préparation d’un an et demi me permet de réaliser un rêve de toujours.

Ceinturé au siège vingt-cinq-B, je ne peux m'empêcher de repenser à la combinaison d'événements qui m’ont conduit ici. Après un cycle d'études que je décrirais comme peu exaltant, j’ai suivi une voie pragmatique vers l'inévitable travail de bureau. Marketing administratif. C’était le chemin classique pour quelqu’un qui ne se connaissait pas encore. Quelqu’un d’un peu perdu qui faisait quelque chose de logique. Trop logique?

En regardant en arrière, je me rappelle avoir le sentiment d’aller dans la mauvaise direction. Même en sachant -et en acceptant- que c’est le cas pour beaucoup de gens à vingt-six ans, j’étais à court de patience. Un an assis face à un écran huit heures par jour commençait à avoir raison de moi. Lorsque Février est arrivé, j’ai atteint un point ou “deux route divergeaient dans un bois”, pour citer Robert Frost. Ma route moins empruntée consistait à rentrer là ou j’avais grandi et économiser assez d’argent pour voyager ce que je prévoyais comme six mois. L’autre option aurait été de rester. Le choix était simple même si il me semblait cruel alors. Si je rentrais, je sacrifierais l'énergie incroyable d’une ville que j’aimais et ma vie sociale en prendrait un coup. Mais je ne pouvais pas me voiler la face non plus. Je me trouvais en pleine stagnation professionnelle, je pataugeais romantiquement, et d’une manière générale j’avais subit ma part d'anxiété.

Mon mécanisme combat/fuite s'est enclenché, et j’ai choisi la seconde. J’allais partir et voir le monde. J’ai quitté le travail que j’avais un jour apprécié puis ensuite détesté. Je suis rentré et j’ai repris un travail saisonnier qui me permettrait d'économiser le budget nécessaire au voyage. La vie devra me pardonner encore une fois car je n’ai qu’un vague plan. J’ai fait une pause sur le bord de la route et de là, je peux voir tout le monde avancer avec ce qui semble être un plan de vie. Cela me donne le sentiment que j’aurai du rattrapage à faire, mais ça fait partie du jeu.

Les quelques premiers mois étaient un peu difficiles. D’une manière générale, j’avais l’impression d’avancer vis-à-vis de ce que beaucoup de gens de mon âge subissent ou ont subi. Cependant, parfois je me sentais épuisé par une course constante pour déterminer quoi faire de ma vie. J'étais frustré par la proximité de la réponse et mon incapacité à la saisir. J'étais pris au piège par ce qui n'était rien de plus qu’une poursuite sans but mais me semblait crucial. Rien qu’une illusion. Il fallait que je sache ce que c'était, ce que j'étais destiné à faire. Ma tête prenait toutes les directions possibles dans une panique douce, cherchant désespérément à trouver quelque chose. Mon coeur balançait sans cesse entre désirs et aversions, sans mettre le doigt sur quelque chose de spécifique que j'affectionnais ou pas.

C’est également là que mon aventure a réellement commencé -spirituellement au moins- et cela m’a offert quelque chose de crucial. Petit à petit, je réalisais avoir toujours fait ce que je devais faire, et non ce que je voulais faire. Mes quelques mois d'économie sont devenu un an et demi. Mes projets de voyage sont passés de quelques mois a une année entière.

L’avion décolle, me tenant plus près dans son siège vingt-cinq-B. Alors qu’il m’emporte dans les airs, il m'éloigne de l'inévitable moment de doute qui précède toute aventure. Je donne un au revoir imaginaire au vieux continent pour la première fois, même si ce n’est qu’une parade. La perte temporaire de mes proches est ma réelle peine, mais je ne peux pas me permettre de l’admettre. Le sourire réconfortant de l’hôtesse est hors de portée jusqu’a ce que le signe des ceintures soit éteint, mais il faut que je me fasse confiance. Plus que jamais, je porte les mots de Rumi en mon coeur: “Les aurevoirs sont pour ceux qui aiment avec les yeux. Car pour ceux qui aiment avec le coeur et l'âme, la séparation n’existe pas.”

En vingt-cinq-C, la Sri Lankaise d’un certain âge m’appelle à nouveau. Elle a besoin d’aide avec l'écran qu’elle n’arrive pas a maitriser. Je me demande si elle voit ce que je vois. Le destin a placé une promesse en elle. Une promesse pour de nombreuses rencontres qui m'enrichiront en chemin. “Je vais voir le monde” - je me répète. Y-avait il réellement une option de combat?

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